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Voyage

Le 15 novembre 2016 - 15:36  | Par David Riendeau | Paru dans Homme d'automne 2016
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Fugue dans la péninsule de beauté

Fugue dans la péninsule de beauté

Des falaises du parc Forillon au coucher de soleil de la baie des Chaleurs, la Gaspésie n’a pas fini d’émerveiller les visiteurs. Avec ses paysages grandioses et ses étendues solitaires, la péninsule est une destination toute désignée pour une escapade entre chums. Récit d’une virée sur la mythique route 132. 

À la hauteur de Mont-Joli, l’autoroute 20 se bute à un embranchement. À l’Est, la route 132 longe l’estuaire du Saint-Laurent en direction de Matane. À l’Ouest, le chemin s’enfonce dans les Appalaches vers Amqui. C’est ici que commence et se termine une boucle de 844 kilomètres qui mène le visiteur à travers l’une des plus belles régions du monde, façonnée par les marées et les vents. 

À ma grande honte, je n’avais jamais dépassé Rimouski jusqu’auparavant. J’ai usé mes souliers sur les routes de France, sur de gros cailloux dans les Andes et sur les plages du Brésil, mais ma connaissance du sol québécois restait embryonnaire. Pour ce premier road trip en Gaspésie, je compte faire le tour de la péninsule, rien de moins. 

La fenêtre de ma voiture glisse alors que je file entre Métis-sur-Mer et Saint-Ulric. Une odeur de sel et de varech vient aussitôt chatouiller mes narines. À cette hauteur de l’estuaire, le regard porte sur un horizon infini de vaguelettes vert-de-gris. Dans l’histoire de la Gaspésie, la mer occupe une place prédominante. Dès le 15e siècle, Basques, Portugais, Espagnols et Français venaient pêcher la morue qui abondait dans les eaux du golfe. Les côtes offraient des havres permettant de se protéger des caprices de la mer et des plages de galets où faire sécher le poisson. Ces marins arrivaient au printemps et repartaient à l’automne, tout en entretenant des relations privilégiées avec les autochtones micmacs. 

Premier arrêt: la Haute-Gaspésie
Sur ces entrefaites, le phare de Matane se détache au loin. Impossible de ne pas marquer une pause pour admirer cette sentinelle de la mer. Dès la deuxième moitié du 18e siècle, une série de phares jalonnera le littoral gaspésien. Les autorités coloniales souhaitent éviter d’autres tragédies comme celle du voilier Carrick qui a coûté la vie à une centaine de migrants irlandais en 1847. La délicate tâche de guider les navires revient alors au gardien du phare. Vivant souvent seul, celui-ci avait la responsabilité d’entretenir la lanterne, qui fonctionnait à l’huile de baleine ou de marsouin. Si aujourd’hui, les quelques phares toujours fonctionnels ont été automatisés, ces élégants édifices blancs et rouges font la fierté des locaux. Après tout, leur emplacement ne marque-t-il pas le commencement de quelque chose?

En milieu d’après-midi, j’arrive à Sainte-Anne-des-Monts où m’attendent Yvon et Michèle, un couple d’amis rencontrés en voyage. Sublime privilège, j’ai droit à un tour de voilier, question de humer un peu l’air du large. La petite croisière ouvre l’appétit. Autour d’un souper copieux – gravlax de saumon et crêpes aux fruits de mer –, mes amis me racontent volontiers l’histoire de la région et de ses habitants. À l’instant même, dans cette coquette maison de bois à un jet de pierre de l’eau, je savoure la pleine mesure de l’hospitalité gaspésienne. 

Deuxième arrêt: parc Forillon
Par une matinée de grisaille, je descends la côte gaspésienne. À cheval entre l’estuaire et les montagnes, la route se perd dans une succession de collines tapissées de conifère. S’égrène un chapelet de villages au nom poétique: L’Anse-Pleureuse, Gros-Morne, Manche-d’Épée, Pointe-à-la-Frégate, Rivière-au-Renard, etc. Vers midi, alors que j’atteins le parc national Forillon, un soleil radieux vient chasser les gros nuages. 

Une randonnée à pied suffit pour tomber sous le charme dans cette aire protégée de 245 km² recouverte de forêt boréale, territoire de l’ours noir, de l’orignal et du porc-épic. Sans cesse assaillies par les vagues, les hautes falaises qui délimitent le parc servent de sanctuaire à d’importantes colonies d’oiseaux marins. Depuis le Cap Bon-Ami, je repère le cormoran à aigrettes, le guillemot à miroir et la mouette tridactyle. Ces falaises à l’aspect grandiose abritent aussi des plantes qui poussent habituellement dans le Grand Nord québécois ou sur le sommet des hautes montagnes, legs de la dernière glaciation, voilà 10000 ans. Enfin, ses eaux riches en phytoplanctons attirent six espèces de mammifères marins, dont le dauphin à flancs blancs et le rorqual à bosses, qui peuvent être observés jusqu’au début du mois d’octobre. 

Troisième arrêt: Percé et l’île Bonaventure
Alors que la brume matinale se lève, le rocher de Percé se découvre comme par magie. La géographie du site, mille fois photographié, n’en est pas pour le moins saisissante. Son monolithe percé, haut de 475 mètres, ressemble à un gigantesque paquebot de pierre échoué sur le rivage. 

Je me trouve sur le quai de Percé prêt à m’embarquer pour une excursion vers l’île Bonaventure. L’idée de découvrir ce petit paradis me rend fébrile. À mesure que le bateau s’approche de ses falaises, je distingue une nuée de centaines d’oiseaux marins dans le ciel. L’île constitue le plus important refuge d’oiseaux migrateurs au Québec. Un sentier pédestre permet d’ailleurs d’accéder à la plus grande colonie de fous de Bassan au monde. Bientôt, un joyeux boucan couvre la quiétude de la forêt. Au bout du chemin, la corniche est recouverte d’un tapis blanc sans cesse mouvant! Tous les ans, de mai à octobre, les fous de Bassan viennent nicher sur cette île, suivant leur principale source de nourriture. Les quelque 60000 couples qui forment la colonie offrent un spectacle ahurissant et difficile à oublier. D’apparence chaotique, la colonie possède une organisation complexe. Par exemple, les adultes reproducteurs occupent le centre de la colonie. Les jeunes adultes postés en périphérie peuvent donc apprendre par imitation leur futur rôle, tout en cherchant un futur partenaire. 

Quatrième arrêt: la baie des Chaleurs
La tête encore remplie des merveilles naturelles de Percé, je file doucement vers la baie des Chaleurs. La route ondule le long de rivages couleur rouille. Je me demande ce que Charles Robin a ressenti lorsqu’il est venu pour la première fois dans la baie en 1766. De l’émerveillement, peut-être. Ou son esprit mercantile était-il déjà complètement tourné vers le futur empire qu’il souhaitait bâtir? C’est en quelque sorte grâce à ce marchand anglo-normand si plusieurs familles de pêcheurs s’établissent de façon permanente dans la région, notamment avec la construction de magasins généraux. En revanche, l’homme instaure un système de crédit qui va asservir peu à peu les villageois et les maintenir endettés toute leur vie. Grâce à ses appuis politiques, sa compagnie occupera une situation de quasi-monopole en Gaspésie pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, il est toujours possible de visiter à Paspébiac les bâtiments qui ont autrefois appartenu à sa compagnie 

En fin de journée, la silhouette convexe de Carleton-sur-Mer et du mont Saint-Joseph me tire de mes rêveries. Alors que le soleil se couche sur la baie des Chaleurs dans toute sa splendeur, je stationne ma voiture au pied du phare situé au bout du barachois. Devant tant de beauté, je me promets que je n’attendrai pas 30 ans avant de revenir dans la péninsule. 


Adresses gourmandes
Plusieurs restaurateurs et entrepreneurs gaspésiens sont à l’origine d’une nouvelle gastronomie régionale qui met en avant-plan les produits du terroir. Aux classiques comme les crevettes de Matane et le homard s’ajoutent désormais l’oursin, les algues et les bières de microbrasserie.
- Restaurant des Jardins de Métis: 200, route 132 (Grand-Métis)
- La Maison du Pêcheur: 155, place du Quai (Percé)
- La Broue dans l’Toupet: 90, boulevard Sainte-Anne Ouest (Sainte-Anne-des-Monts)
- Microbrasserie Le Naufrageur: 586, boulevard Perron (Carleton-sur-Mer)
- Pub Pit Caribou: 182, route 132 Ouest (Percé)

 





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