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Le 24 août 2016 - 15:36  | Cassandra Poirier | Paru dans Homme Édition Été 2016
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Thomas Beaudoin, Artiste sans équivoque

Thomas Beaudoin,   Artiste sans équivoque

Il est 8 heures du matin en Californie lorsque je joins Thomas par téléphone. À l’autre bout du fil, je sens sa respiration légèrement accélérée. « Je me lève assez tôt, je ne dors pas beaucoup, et quand je me réveille, je promène mon chien », m’explique l’acteur. Son chien, c’est Billie, un rottweiler, et il faut dire qu’elle a ravi le cœur de son maitre il y a un an et demi, lorsqu’ils se sont rencontrés pour la première fois à la SPCA, elle dans un piteux état. « C’est ma petite fille, mon cœur bat pour elle. Elle me suit partout où je vais et ne me quitte jamais. Elle est devenue la chienne la plus remarquable que j’ai eue de ma vie », raconte Thomas avec tendresse. Je les accompagne donc (du moins, par le biais du combiné téléphonique), Billie et lui, dans leur marche matinale... le soleil californien en moins.

Je reviens sur le parcours de Thomas Beaudoin et sur sa passion pour le jeu d’acteur. « C’est vers 16 ans que la flamme est apparue, mais je ne l’ai pas écoutée du tout. Je voulais aller à l’université, avoir une vie “normale”, plus stable. Je n’avais pas l’idée de bouger non plus, parce que je n’avais pas voyagé des tonnes », raconte l’acteur originaire de Drummondville. Thomas décide donc de suivre la voie de la sécurité et entame des études de psychologie à l’Université Concordia tout en réalisant des contrats de mannequinat ici et là. Mais belle gueule oblige (qu’on se le dise!), Thomas se fait vite remarquer par plusieurs agences à l’extérieur du pays et décide finalement de tenter sa chance : « Je me suis dit pourquoi pas? J’ai mis mes études à l’université sur la glace et quand j’ai commencé à voyager, j’ai complètement tripé! Le voyage m’a littéralement ouvert l’esprit ».

De Drummondville, en passant par le Japon, l’Italie, la France, et j’en passe, le mannequin décide finalement de ne poser ses valises nulle part ailleurs qu’au sein de la Grosse Pomme. « Je m’y suis installé parce que c’est proche de Montréal. Je me disais, s’il se passe quelque chose, au pire des pires, je peux marcher vers Montréal », raconte Thomas blagueur en évoquant le scénario apocalyptique. Pour le Drummondvillois, la ville est impressionnante : « Les buildings, le mode de vie, le cout de la vie à New York… tout cela mis ensemble, c’est assez saisissant ». Malgré des petits problèmes de langue au début (en tant que bon francophone!), la Grosse Pomme sera indéniablement bienveillante envers lui.

Sur les planches

« Come here, Billie, s’écrie Thomas. Excuse-moi, je marche rapidement et je suis un peu essoufflé. Parce que c’est une Rottweiler, le matin elle a besoin d’énormément d’exercices. Donc trois longues marches entre trente minutes et 1 h 30 par jour. Juste pour elle, pour nous deux. » Thomas admet avoir une bonne hygiène de vie « Marcher mon chien et prendre mon déjeuner, c’est très important. La routine du café je ne l’ai pas. La routine de la cigarette, non plus… Le café est quelque chose que j’aimais énormément avant, mais la caféine ne me fait pas le meilleur effet… », m’avoue-t-il. 

L’acteur me raconte ses débuts à New York. L’adaptation. L’épopée de la carte verte, pas facile à obtenir, pour pouvoir réellement travailler. Les premiers contrats. Les premiers rôles. « Petit train va loin, sans nécessairement qu’il faille se “garrocher” sur tous les rôles. Comme pour le peintre qui ne peint pas un tableau juste pour peindre. Il faut être connecté avec le rôle, et avoir une tête sur les épaules. » C’est à 25 ans que Thomas décide de concentrer sa carrière sur le jeu. Poser pour la caméra, ce n’était plus une motivation. « Je me suis rendu compte que le mannequinat ne me remplissait pas émotionnellement. Ça ne me dérange pas de faire quelques contrats. Encore aujourd’hui, j’en fais quelques-uns, mais je ne focus absolument aucune énergie là-dessus », m’explique-t-il.  

C’est alors qu’il décroche ses premiers rôles, au théâtre surtout. Des expériences assez inédites qui l’ont marqué. « Cuisine et dépendances, c’était vraiment chouette, parce que c’était en français, à New York. L’énergie de la salle était palpable! Sinon, faire une tournée au Mississippi pour une pièce de Tennessee Williams, c’était vraiment la cerise sur le sundae! Incroyable! Faire une tournée, là où la pièce se passe, tu ne peux mieux t’informer sur ton personnage », me raconte l’acteur replongé dans ses souvenirs.

Il aborde aussi The Spirit of Christmas, une comédie romantique de Noël où il incarne un rôle principal pour la première fois au cinéma aux côtés de l’actrice Jen Lilley. « C’est la première fois que j’avais un rôle premier dans un film, mais l’approche est la même qu’avec un rôle de support. Mais l’expérience était différente parce que cette fois-ci, on était au Massachusetts, avec des tempêtes de neige à tous les deux jours. Ça rend la production plus difficile, mais pour un film de Noël, on ne pouvait demander mieux! On jouait dans un carré de sable comme des enfants… L’expérience était inoubliable », s’enthousiasme Thomas. 

Mais l’un de ses rêves se réalise quand on lui propose d’auditionner pour un rôle dans la série américaine The Blacklist. Un personnage qui sera tout compte fait effacé de la série… mais qui lui permettra de tenter le coup pour un autre rôle. Une seule ligne figure sur le scénario, une réplique donnée à nul autre que David Strathairn. « C’est l’une de mes idoles, l’une des raisons pour lesquelles je suis devenu acteur! Faire une seule ligne dans ces conditions, ça ne me dérange pas, juste pour avoir l’expérience de jouer avec cet acteur, s’exclame Thomas. Puis, ils ont continué de m’appeler pour faire partie de l’équipe de David. C’est comme si c’était une petite boule de neige qui est en train de dévaler une montagne… ça grossit, ça grossit. J’ai tourné sur une période d’un mois avec eux et c’est vraiment un cadeau. »

Parallèlement à sa carrière aux États-Unis, Thomas n’a tout de même pas tourné le dos au Québec, bien au contraire. Il décroche plusieurs rôles (Trauma, Le Judas), dont un dans la série Blue Moon qui le révèlera au grand public québécois et qui reste l’une de ses plus belles expériences. « Je suis tellement content de venir travailler au Québec. Je suis comme un enfant dans un magasin de bonbons! Et travailler en français, ça aide énormément, parce que forcément, c’est ma langue maternelle. Et de revenir à la maison, ça me manque », souligne l’acteur. Dès qu’il revient au bercail, Thomas s’empresse de sauter sur une patinoire. « Le hockey, c’est quelque chose que j’adore, mais ça fait un petit moment que je n’ai pas joué. Chaque fois que je reviens au Québec, il faut absolument que j’aille jouer sur une glace extérieure. Il n’y en a nulle part aux États-Unis… à part dans le Wisconsin, mais je n’y suis pas, alors pas la peine d’y penser », rigole Thomas.

Acteur et photographe

Si l’homme se passionne pour le jeu d’acteur face à la caméra, il ne sort jamais sans son appareil photo au cou. Une véritable passion qui génère chez lui énormément d’émotions. « Mon père avait une caméra dans le coin de sa chambre. Depuis le moment que je suis né, elle était toujours sur le trépied. Je ne pouvais pas l’utiliser. Puis, à 16 ans, je lui ai demandé de me la prêter… mais je ne lui ai jamais redonné », se rappelle Thomas rieur.

Nous parlons photographie et je sens un artiste engagé, sensible. « Snapper un moment », « calculer la lumière », « immortaliser des images intemporelles »… La passion l’anime : « Je travaille sur une exposition que je procrastine à faire tant qu’elle me touche. Il y a des choses qu’on met un peu sur la glace parce qu’on veut vraiment que ça fonctionne! Je ne peux pas donner des détails, parce que je n’en ai pas beaucoup non plus, mais j’aimerais que ce soit une exposition à New York pendant un mois, peut-être. Ce serait le but ultime », m’avoue Thomas.

En attendant l’exposition, l’artiste a également mille et un projets en tête, dont celui de peut-être un jour écrire son propre film ou sa série. Sans une once de prétention et avec beaucoup d’humilité, Thomas admet qu’il aimerait collaborer avec une scénariste pour pouvoir mettre à plat ses idées. « Écrire un film, c’est quelque chose que je vais devoir faire à un moment donné. Je me dis que si ça me fait aussi peur, c’est probablement parce qu’il faut que je le fasse! » L’acteur me témoigne également de sa fierté lorsqu’il voit des Québécois percer à l’étranger pour faire rayonner le Québec : « Je trouve ça beau de voir ces artistes. C’est une fierté pour nous en tant que seule communauté francophone en Amérique du Nord et d’être capable de faire des films en français reconnus internationalement, c’est le summum! J’en ai des frissons! »

Au terme de notre conversation, je décèle un Thomas artiste, sensible, même un peu poète, qui prend la vie comme elle se présente et surtout les opportunités qui viennent avec. Et si vous passez par New York, vous y croiserez peut-être Thomas attablé au Cafe Mogador dans East Village, un endroit qu’il affectionne particulièrement et qui nourrit aussi bien sa fibre artistique. « Si je suis au resto, je demande toujours un crayon et un papier. J’aime écrire des cartes, des lettres ou des idées sur le bout d’une napkin… sans nécessairement les relire. Peut-être qu’un jour, je vais y revenir, mais pour l’instant je ne fais que les noter pour que ces pensées soient gardées, sans que je les mette nécessairement sur quelque chose d’électronique. Pour ne pas perdre l’art d’écrire à la main... » Salut, l’artiste!   

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Cassandra Poirier | Journaliste





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