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Le 12 mai 2016 - 17:01  | François Doucet | Paru dans Homme Édition Printemps 2016
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Bandon Dunes

Bandon Dunes

Le rendez-vous avait été fixé pour 7hoo, on se rencontrerait sur le boulevard Ryan près de l’aéroport. Il avait une vague idée de l’endroit, mais eut tout de même recours au GPS de son portable afin de se laisser guider pas-à-pas vers le début de l’aventure. Alors qu’il voyait la petite flèche de son écran se rapprocher du point de rencontre, il sentit en lui grandir une excitation toute particulière. Le genre d’excitation qui s’emparait de lui alors que, tout jeune, il posait la main sur la porte de l’ultime friandise, celle du 24 dans son calendrier de l’avent. Il savait qu’en ouvrant le 24, le grand jour était enfin arrivé et que les boites mystérieuses, ornées de ruban rouge et de choux dorés, déposées au pied du sapin allaient dévoiler leurs secrets.

Les mois précédents avaient servi de tremplin à cette excitation. Leur groupe s’était assemblé naturellement, un petit noyau lançant à des cibles bien choisies le même appât bien alléchant : un voyage de golf entre passionnés sur une destination à l’aura mythique où se mélangeraient camaraderie, compétition intense et amour profond du golf. Difficile, pour tout amateur un tant soit peu renseigné, de ne pas sauter sur une telle occasion, une sorte de pèlerinage obligé quoi ! L’assemblage du groupe fût rapide, ils seraient 8 à vivre Bandon Dunes…

L’orchestration des préparatifs serait le liant qui servirait à tisser chez chacun la toile d’excitation et d’anticipation. Il fallait trouver consensus et mode de fonctionnement sur une foule de détails techniques ; mode de transport, type de logement, nourriture, format des compétitions, équipes, enjeux… bref, il fallait s’organiser ! Au fur et à mesure que des questions étaient soulevées, on constituait des agendas et on tenait des réunions afin de clarifier les points à résoudre. Chaque réunion était suivie d’un compte rendu faisant état des décisions prises sur le déroulement. Tous les sujets étant passés au peigne fin.

Les échanges de courriels qui suivaient les rencontres ressemblaient au chant des grenouilles au crépuscule. Le courriel livrant le compte rendu de réunion faisait office de premier coassement perçant le silence puis s’enchainait rapidement une multitude d’échos… Des commentaires loufoques, des défis lancés, un peu d’intimidation théâtrale entre futurs adversaires pour préparer le terrain des compétitions, bref, chacun y allait de ses meilleurs élans pour ajouter à la symphonie. Le groupe apprivoisait graduellement à travers ce rituel la dynamique qui régirait leurs échanges sociaux au moment où ils se retrouveraient tous sur le même nénuphar à vivre ce qu’ils avaient ensemble imaginé et dessiné.

Dans la liste des sujets à planifier, celui qui souleva le plus les passions fut sans contredit l’organisation des compétitions. Huit golfeurs, une douzaine de matchs à jouer, un peu de testostérone, et voilà réuni tout ce qu’il faut pour alimenter les 5 à 7 jusqu’au grand départ.

Après de longs échanges et périodes de négociation, on tomba d’accord sur la formule suivante ; on formerait 4 équipes de deux golfeurs qui s’affronteraient dans un tournoi à la ronde et le classement des équipes après cette portion déterminerait les positions de départ pour la demi-finale et la finale. La constitution des équipes s’était faite par alliance naturelle ce qui formait des duos avec de fortes affinités, crucial tout de même lorsque l’on va passer ensemble une semaine complète 24 sur 24 à vivre et à respirer au rythme du golf…

Son partenaire à lui se nommait Clément. Ils se connaissaient depuis plusieurs années, s’étant rencontrés alors que Clément était client de l’entreprise pour laquelle il bossait à l’époque et qui oeuvrait dans la distribution de matériaux de construction. Des liens d’amitié s’étaient formés entre eux comme c’est souvent le cas lorsque l’on côtoie des gens sur une longue période. Clément se trouvait 
sur la banquette arrière du véhicule qui était conduit par son frère.

À mesure qu’ils approchaient du point de départ, il savourait le moment en silence laissant son regard flotter vers l’extérieur du véhicule sans chercher quoi que ce soit, trop absorbé à imbiber toute l’ivresse qui coulait en lui. Bandon Dunes avait quelque chose de spécial. Il n’en était pas à ses premières expériences côté voyage de golf. Depuis au moins une quinzaine d’années, il s’adonnait à ce genre de rituel et souvent plus d’une fois par année. Il avait vu et vécu une tonne de destinations différentes avec toutes sortes de groupes, alors qu’est-ce qui faisait en sorte que ce voyage avait sur lui cet effet ? Croisant brièvement le regard de son frère qui était au volant du véhicule, il se demanda si lui aussi vivait cette même excitation qu’eux, qui avaient partagé ensemble la grande majorité
de ces aventures. C’est à ces questions qu’il réfléchissait alors qu’ils arrivèrent à l’adresse recherchée.

C’était un bâtiment commercial sobre comme on en voit des centaines dans tous les parcs industriels. On pouvait distinguer à l’avant une portion bureau avec ce qui semblait tout de même être une entrée luxueuse. Ne sachant pas exactement où se diriger, ils immobilisèrent la camionnette devant l’entrée et il eut le mandat de se rendre à l’intérieur chercher les instructions de stationnement.

Une dame élégante postée à la réception l’accueillit et répondit à ses interrogations avant même qu’il eut le temps de les formuler. « Vous venez pour le voyage à Bandon Dunes, et vous êtes avec le groupe de M. Fortier ? Nous vous souhaitons la plus cordiale des bienvenues chez Execaire et espérons que votre expérience avec nous sera des plus agréable. Les autres sont arrivés, pour les rejoindre vous n’avez qu’à faire le tour du bâtiment sur la droite, un préposé vous ouvrira la barrière de sécurité et vous indiquera où aller. »

Pas plus compliqué que cela et tout en douceur par-dessus le marché. Il sauta dans le véhicule et transmit ces indications à ses deux compagnons de route. Quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent à l’arrière du bâtiment et virent au loin l’attroupement. Ils s’approchèrent doucement, se stationnant à la hauteur de leurs compatriotes. Leur arrivée officialisa la réunion complète du groupe.

On pouvait sentir presque une atmosphère de carnaval. Comme pour officialiser le début des festivités, il fallait se laisser aller au rituel des grands saluts. Pas le petit bonjour poli que l’on s’échange avec une poignée de main lorsque l’on se croise au quotidien, non le vrai de vrai ! Celui qui vient spontanément du coeur, du plus profond de l’âme et qui agit comme
une parenthèse signifiant que ce qui se vivra entre ce salut et le prochain du même genre sera sans contredit un des grands moments de la vie de rendent compte, l’énergie de leurs
retrouvailles en tremplin d’anticipation de ce qu’ils vivraient lors des prochains jours; le golf comme il fût créé, l’adrénaline de la compétition et la franche camaraderie du partage d’une passion. Livrant l’efficacité promise, ils purent sans difficulté, grâce à leur félin noir à turbine, se rendre à destination à temps pour fouler en reconnaissance la journée même de leur départ les terres sacrées de Bandon Dunes.

Les découvertes de la première ronde, du premier souper et de la première nuitée les rendirent pleinement excités. Ils étaient comme un wagon de montagne russe ayant atteint son plus haut sommet et dont la moitié de ses wagons sont sur la pente descendante. Les jours de la montée avaient paru longs, mais chacun savait qu’une fois la descente amorcée, les prochains jours du voyage allaient filer à un train d’enfer comme le manège qui plonge vers la terre en quasi chute libre arrachant à tous les occupants des cris de joie libres de toute contrainte. On savait qu’en moins de deux, les
cris de joie se transformeraient par la force gravitationnelle en grognements sourds signifiant l’arrivée imminente du sentiment d’apesanteur provoqué par la remontée du train suivie peu après par la fin du tour de piste.

Bandon Dunes durant les jours suivant opéra sa magie sur le groupe tout entier. Les terrains démontrèrent fièrement pourquoi les sommités et experts du golf les classaient systématiquement parmi les meilleurs terrains à jouer en Amérique du Nord. Si les terrains volaient la vedette, c’est qu’ils étaient mis en évidence par toute une pléiade d’acteurs de soutien livrant leur performance respective avec brio. Nourriture, hébergement, logistique des déplacements et harmonie générale des installations méritaient tous également un Oscar pour leur performance. Nos huit compagnons furent entièrement
séduits par l’expérience de Bandon et la camaraderie qui s’installa au milieu de leurs festins nocturnes n’eut d’égal que l’intensité des compétitions que chaque lendemain amenait. Même leur demi-finale fut le théâtre d’un événement rarissime: un feu de broussailles sur le terrain força l’évacuation des golfeurs et annula ainsi la ronde décalant la finale à une date ultérieure. Elle serait donc longue en bouche cette finale tout comme les superbes Pinots noirs de l’Oregon dégustés aux abords de ce 18e coincés entre la mer et le coucher de soleil…

Leur avion se rapprocha en silence de son grand hangar. Il put distinguer par le hublot leurs véhicules stationnés tout près. La fin du voyage était imminente, ce serait bientôt le temps des grands saluts, le temps de fermer la parenthèse…

 





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