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Le 12 mai 2016 - 16:29  | David Riendeau | Paru dans Homme Édition Printemps 2016
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Sur les flots au bout du monde

Sur les flots au bout du monde

L’envie de prendre le large vous a gagné ? Vous feriez sans doute un excellent candidat pour Cabo de la Vela, une destination hors des sentiers battus qui a gagné le coeur des adeptes de kitesurf avec un savant mélange de vents favorables, de dépaysement et de rusticité.

Un kitesurfeur tranche la mer des Caraïbes à plus de 20 noeuds vers un groupe de curieux postés sur la rive. Une fraction de seconde avant la collision, l’acrobate donne un coup de barre. Son cerf-volant change aussitôt de cap. La puissance du vent soulève le sportif au-dessus de leur tête pour le déposer comme par magie 10 mètres plus loin sur l’eau sous le regard ébahi des spectateurs. Bienvenue à Cabo de la Vela, paradis de la voile. 

Peu de sites concentrent autant de conditions idéales pour le kitesurf que ce minuscule village de pêcheurs dans la péninsule de La Guajira, au nord-est de la Colombie. Imaginez une baie aux eaux dociles balayée de vents favorables 11 mois par année. Il n’en fallait pas plus pour attirer les mordus de cette spectaculaire discipline du monde entier.

Atmosphère de bout du monde
Se rendre à Cabo de la Vela par ses propres moyens relève de la petite aventure, ajoutant sans doute à l’aura du site. Toutes les heures, des voitures quittent Riohacha pour traverser une vaste plaine recouverte d’arbustes épineux jusqu’à Uribia. La ville constitue le principal foyer de population des Wayuus qui occupent la péninsule depuis des temps immémoriaux. À travers la foule de petits hommes à la peau obscurcie par le soleil et de femmes aux élégantes robes, on se fraye un chemin jusqu’au marché public, c’est là que partent les camionnettes en direction de Cabo. Une fois les passagers entassés comme des sardines au milieu des caisses de nourriture et des poules – probablement leur souper – le pick-up s’élance dans le désert.

Après une heure de route, le véhicule bifurque sur un sentier poussiéreux qui s’enfonce dans une forêt de cactus hauts de plusieurs mètres. Enfin, le chemin s’ouvre sur la mer des Caraïbes dans toute sa majesté. Pas surprenant que la mythologie wayuu a localisé l’entrée du paradis – le Jepira – quelque part entre derrière les collines rocailleuses près de ce modeste village où la pluie n’est pas tombée depuis des années. Des chaînes d’hôtels ont voulu implanter des tout-inclus dans la baie, mais les Wayuus ont refusé. Ce territoire, aussi aride soit-il, leur est sacré. 

Plage, soleil et poisson frais 

Les journées s’écoulent doucement à Cabo de la Vela. Les kitesurfeurs passent de la plage à leur hamac après avoir attaqué un succulent plat de fruits de mer fraîchement pêchés. Il n’est pas rare de compter une dizaine de cerfs-volants voguer en même temps jusqu’au coucher du soleil. Le soir, les gens se réunissent autour d’une bière et d’une guitare. Toutefois, les amateurs de voile qui débarquent dans la région doivent s’attendre à vivre de façon rustique durant leur séjour. Frappé d’une grande pauvreté, Cabo de la Vela n’a pas accès à l’eau courante, aussi faut-il se doucher à l’aide d’une chaudière. Quant aux maisons, elles sont alimentées en électricité seulement quelques heures après le coucher du soleil par des génératrices. Cela dit, ces inconvénients pèsent peu dans la balance en comparaison de l’expérience enrichissante qui attend les visiteurs.

Faire ses premières armes
« S’initier au kitesurf est avant tout une affaire de patience et de concentration », m’explique Victor Garbo qui m’a enseigné quelques jours plus tôt les rudiments de cette discipline à Riohacha, une autre destination de voile de la côte colombienne qui s’adresse plutôt aux sportifs avertis. « Pour moi, le kitesurf est une façon d’oublier mes petits tracas quotidiens. Une fois dans l’eau, je ne pense plus qu’au cerf-volant et à la planche. Tout le reste s’efface. » 

Après s’être familiarisé avec l’équipement, l’élève débute sur la rive avec une voile d’essai, plus petite que celle qu’il utilisera sur l’eau. Le pratiquant obéit aux mêmes lois physiques que la navigation à voile. Il doit piloter son cerf-volant à l’aide d’une barre où sont reliés des câbles de traction. Une légère flexion du bras permet d’aller à bâbord ou à tribord. Au contraire, un geste trop brusque fait plonger la voile.

Une première tentative permet de constater que maintenir en stabilité son cerf-volant n’est pas une mince tâche. Une fois qu’il aura maîtrisé ses techniques de pilotage, le débutant est accroché à une voile plus grande. Ensuite, il pourra se jeter à l’eau pour ses premiers décollages. Inutile de dire qu’il faut garder la bouche fermée tout au long de l’exercice, au risque de boire la grande tasse !

Le kitesurf n’étant pas sans danger, mieux vaut apprendre auprès d’un instructeur qualifié. S’il est à l’aise sur l’eau, un débutant peut espérer naviguer de façon autonome après 10 heures de cours.

Un sport et ses espoirs

L’engouement autour de cette destination de kitesurf est plutôt récent, constate Andrés Palderama qui a ouvert la première école de voile du village, sept ans plus tôt. « Le narcotrafic empêchait tout développement touristique dans la région. On raconte même que les grottes servaient de cachettes aux bandits.

Les gens vivaient dans la peur. À mesure que la tranquillité est revenue, Cabo s’est ouvert aux visiteurs, mais l’endroit était surtout connu pour ses paysages de carte postale. Des amateurs qui étaient de passage se sont aperçus que le site était parfait pour le kite. Maintenant, nous recevons des kitesurfeurs et des débutants de partout dans le monde. »

Gonzalo Castro, un instructeur qui s’est établi à Cabo, fonde l’espoir que la venue de kitesurfeurs améliorera le quotidien des Wayuus. « Pour remercier la communauté de nous avoir permis d’ouvrir une école, nous avons initié deux jeunes du village au kitesurf. C’est fascinant de voir à quel point ils apprennent vite. Présentement, ils nous donnent un coup de main. Un jour, ils deviendront instructeurs
et ils pourront compter sur une source de revenus autre que l’élevage et la pêche. »

David Riendeau





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