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Voyage

Le 25 janvier 2016 - 11:35  | David Riendeau | Paru dans Homme Édition 26
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50 nuances d'amertume

50 nuances d'amertume

Les Québécois et les Vermontois ont beaucoup en commun : une société distincte, de bucoliques paysages aux collines verdoyantes et une authentique histoire d’amour pour la bonne bière. À l’arrivée de l’automne, découvrir les microbrasseurs du Green Mountain State est un excellent prétexte pour se payer une balade chez nos voisins du sud.

Avec ses immenses cuves et ses palettes de caisses empilées au fond de la salle, le Queen City a plutôt des airs d’entrepôts que de bar. « On s’excuse, on vient à peine de s’installer », lance en riant Jason, un jeune à la barbe rousse et à la casquette de baseball vissée sur la tête qui dépose une série d’échantillons aux innombrables nuances d’amertumes.

La microbrasserie de Burlington ravit déjà les amateurs après une seule année d’existence. Alors que je trempe ma moustache dans une délicieuse -hefeweizen, un couple new-yorkais dans la trentaine débarque et demande un verre de dégustation. L’homme écluse à petites gorgées. Puis, avec un air de satisfaction, annonce qu’il en achètera tout un keg !

La seule évocation du Vermont suffit à activer les papilles gustatives de nombreux inconditionnels de la bonne broue. En 2014, ce petit État perché dans les Appalaches comptait 40 petits et moyens producteurs de bière, soit deux fois plus qu’en 2011. Avec une population de 626 000 habitants, le Green Mountain State possède la plus grande concentration de microbrasseries au pays et une production annuelle de 16,2 gallons (3,78 L) de bière par adulte.

Si en termes de quantité, le Vermont ne -rivalise pas avec d’autres États brassicoles comme la Pennsylvanie, le Colorado et la Californie, les producteurs locaux se démarquent au chapitre de la qualité de leurs recettes. D’ailleurs, plusieurs recettes de brasseurs vermontois trônent souvent au palmarès du site spécialisé Beer Advocate.

La route du houblon

Depuis quelques années, des agences offrent aux amateurs des visites chez les producteurs. La formule permet aux assoiffés d’en apprendre plus sur la culture brassicole sans avoir à sacrifier un ami qu’on désignera chauffeur. À la recommandation d’une amie, je réserve une place avec le Burlington Brew Tours.

En arrivant à Burlington, par un beau matin ensoleillé, je constate que cet engouement pour la bière artisanale s’inscrit dans un mouvement plus grand, croisement entre patriotisme alimentaire et pensée écologique. Partout où je mets le pif, commerçants et consommateurs sont fiers d’acheter local. Chaque samedi matin, le centre-ville accueille un vaste marché qui met à l’honneur les producteurs de la région, tandis que les restaurateurs réservent au terroir une place de choix sur leur menu.

Avec un léger retard, notre guide, Matt, un blond au teint rougeaud, vient chercher les participants à leur hôtel. Nous sommes une quinzaine sagement assis dans le minibus, pour la plupart de jeunes professionnels des États voisins. « J’ai brassé mes premières bières à 16 ans et je n’ai pas arrêté depuis », confie Matt en guise d’introduction alors qu’il nous mène au premier arrêt de la visite.

Implication sociale, récupération des eaux usées, production d’énergie par biomasse, le Magic Hat illustre bien la fibre progressiste des Vermontois. Dès sa fondation en 1994, l’entreprise n’a pas hésité à s’associer à des concerts de bienfaisance et à des festivals de musique émergente pour mousser sa popularité. Affichant une imagerie psychédélique, ses installations de South Burlington semblent être tout droit sorti du conte Charlie et la chocolaterie. La brasserie du « chapeau magique » -embouteille 175 000 barils chaque -année, dont plusieurs recettes saisonnières et limitées. Malgré l’heure matinale, les participants de la visite ne se font pas prier pour goûter la Blind Faith, une IPA rafraîchissante, ou encore la très amère Big Hundo et ses 100 IBU (International Biterness Unit). Après une courte visite de l’aire de production de la brasserie, nous reprenons la route.

Matt nous mène direction sud vers le coquet village de Shelburne, où se trouve le Fiddlehead. Dans la petite salle de dégustation bondée, les deux serveuses abaissent les fûts plus vite que leur ombre. Les clients arrivent par vague, leur growler (1,89 L) vide à la main, réclamant la Second Fiddle Double IPA. À l’occasion de son lancement, en janvier 2015, les amateurs ont dû attendre des heures avant de pouvoir apprécier son arôme sapiné.

Le Fiddlehead n’est pas à la seule adresse à être victime de son succès. Encensé par les critiques et les amateurs, le Hill -Farmstead est considéré par plusieurs comme la meilleure micro-brasserie au monde. Son emplacement, au -sommet d’une colline dans le hameau de Greensboro, accessible uniquement par un chemin de terre battue, ajoute un zest d’aventure aux assoiffés dans leur quête du « saint Graal » des bières. -Archipopulaire, le Hill Farmstead impose même une limite d’achat à ses clients.

De retour à Burlington, une visite s’impose au Zero Gravity. Le personnel nous sert une sélection de recettes belges et allemandes qui laissent les participants béats de satisfaction. Inutile de dire qu’à la fin de la journée, personne n’est demeuré sur sa soif !

 

Histoire de pionniers

Si la bière fait partie du paysage de la Nouvelle-Angleterre depuis les premières colonies, il faut attendre à 1988 pour que l’État du Vermont permette aux pubs de brasser. La même année, Greg Noonan et sa femme Nancy ouvrent le Vermont Pub & Brewery à Burlington. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, Noonan – aujourd’hui décédé – a longtemps milité auprès du Congrès pour briser le monopole des brasseurs industriels qui prévalait depuis l’époque de la prohibition.

 

Carnet

La broue

Pas le temps de faire toutes les microbrasseries ? Passez directement au restaurant le Reservoir qui propose une carte de 38 bières en fût, la plupart du Vermont. (1 South Main Street, Waterbury).

La bouffe

The Daily Planet offre une cuisine bistrot aux accents de la Nouvelle-­Angleterre. Raffiné, mais sans prétention. (15, Center Street, Burlington).

L’app

Untppd permet de partager et d’évaluer les bières que vous dégustez avec d’autres amateurs dans le monde.

Les douanes

Avant de ramener tout un tonnelet de votre dernier coup de cœur, sachez que la loi autorise les résidents canadiens à rapporter une quantité maximale de 8,5 L. de bière, soit environ 24 bouteilles de 355 ml.

 

 

 





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