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Le 25 janvier 2016 - 11:30  | David Riendeau | Paru dans Homme Édition 26
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Via Ferrata: Prendre l'autre voie ferrée

Via Ferrata: Prendre l'autre voie ferrée

Las de grimper la même colline chaque dimanche ? La via ferrata, à mi-chemin entre la randonnée pédestre et l’escalade, pourrait bien être l’activité qui vous permettra de renouer avec les sorties en montagne tout en vous découvrant de nouveaux muscles.

Surtout ne pas regarder en bas. J’avais entendu la phrase cent fois ailleurs, mais là, à ce moment précis, j’en appréciais toute la justesse alors que j’avais les pieds dans le vide, à 30 mètres du sol. Heureusement, deux mousquetons solidement accrochés à un ancrage dans la paroi rocheuse permettaient de me soustraire à la loi de Newton. Si vous êtes comme moi et que vous souffrez d’un léger vertige, la via ferrata pourrait vous réconcilier avec la sensation d’être en hauteur.

Parcours d’échelons de fer à flanc de montagne, la via ferrata – littéralement voie ferrée –  a vu le jour dans les Dolomites en Italie durant la Première Guerre mondiale. L’armée s’en servait alors pour transporter des soldats et de l’artillerie en région accidentée à l’insu de l’adversaire. Les mesures de sécurité ont nettement été améliorées par la suite. Il faut attendre les années 1980 pour voir les premiers parcours en basse altitude, ouverts à une clientèle plus large. Répandu en Europe, ce sport a fait son entrée au Québec voilà 20 ans.

Déterminé à dompter ma frousse des hauteurs, j’ai décidé de faire mon baptême dans la Vallée Bras-du-Nord, dans la municipalité de Saint-Raymond-de-Portneuf. La beauté des lieux vaut à elle seule le détour. En remontant le rang Saguenay, ma voiture suit les courbes généreuses de la rivière Bras-du-Nord, qui coule doucement au fond d’une vallée encaissée. Ça et là, la forêt laurentienne s’ouvre sur une fermette à l’aspect paisible. La trace des êtres humains est présente, mais discrète.

Je m’attarde un instant aux falaises qui se dressent devant moi telles des orgues aux tubes démesurés. Même s’il faudra grimper là-haut tout à l’heure, je ne réalise pas encore l’ampleur du défi.

Revenir au moment présent

À l’accueil, je fais la rencontre de notre guide. Christian Michaud, un jeune passionné d’escalade, a pratiqué sa discipline dans de nombreux pays. Si le commun des mortels préfère être sur le plancher des vaches, grimper est une question d’équilibre pour ce premier de cordée.

« L’escalade demande une grande concentration et ramène l’individu à l’essentiel. Quand on grimpe, on est seule face à la montagne, dit-il avec une étincelle dans les yeux. Il faut prendre le temps d’évaluer ses possibilités et d’étudier le terrain. C’est ultra-concret ! La même philosophie s’applique aux autres problèmes. »

En attendant de passer de la théorie à la pratique, les autres participants et moi-même enfilons harnais et casque. Une fois équipés comme de vrais hommes-araignées, nous suivons Christian à l’extérieur, un brin fébrile à l’approche de la falaise qui semble avoir soudainement poussé. Pour nous tous, il s’agit d’une première fois. Une personne me confie qu’elle a fait jadis une vilaine chute dans sa jeunesse. « Je viens affronter ma peur », affirme-t-elle, résolue.

Que l’action commence !

Dans la forêt, Christian nous mène jusqu’au pied de la falaise où il nous donne les instructions de base. Les participants doivent demeurer attachés au parcours avec deux mousquetons qu’ils portent à leur harnais. Pour avancer, ils accrochent leur mousqueton un peu plus loin. Même principe qu’un parcours d’hébertisme de type « arbre-en-arbre », direz-vous. Toutefois, le niveau de difficulté de la via ferrata est plus grand, car le participant n’a pas constamment un câble d’acier sur lequel poser les pieds. Et en cas de chute, mieux vaut être suspendu dans les airs entre deux arbres que de s’écorcher les genoux sur la roche.

C’est ici que le défi commence. Notre groupe s’élance sur le parcours, précédé de Christian qui donne quelques conseils. Après quelques mètres, je trouve assez rapidement mon rythme. Une pluie matinale a rendu certaines surfaces glissantes, je redouble de prudence. La via ferrata nous fait évoluer tantôt dans une anfractuosité de la falaise, tantôt sur des échelons ancrés à la paroi. Pas si compliqué, que je me dis, soulagé de m’en sortir à si bon compte.

« Nous allons faire une partie verticale », annonce notre guide.  Je porte un coup d’œil inquiet au-dessus de nous. La falaise marque une légère inclinaison vers l’avant. Mes jambes se mettent à flageoler. J’ai le tournis. C’est à ce moment précis que je perds pied. Je m’accroche tout juste à temps à un câble d’acier, évitant de peinturer la falaise avec mon sang. Ce n’est pas le temps de paniquer !

Cette frousse passée, les paroles de Christian reviennent à mon esprit. « Évalue tes possibilités ». J’avance jusqu’à l’ancrage qui marque la partie verticale. En étudiant le parcours, j’arrive à visualiser quelles seront les prises sur lesquelles je m’appuierai. Avec patience, je gravis un à un les échelons, au coût d’un bon litre de sueur.

Enfin, je parviens à me hisser sur une petite corniche où se trouvent déjà les autres membres du groupe. La Vallée Bras-du-Nord s’étend à nos pieds dans toute sa majesté et l’après-midi s’annonce magnifique. Ils ont tous l’air épuisés, mais ravis d’avoir surmonté ce premier obstacle. Pour ma part, je me félicite d’avoir pu dompter mon vertige. La prochaine fois, sera moins rock’n’roll, sans aucun doute.

 

La via ferrata ailleurs au Québec

L’envie vous prend de visiter la chute Montmorency ou le fjord du Saguenay sous un angle spectaculaire ? Ça tombe bien, ces deux endroits comptent leur propre parcours de via ferrata. Un site réunit les douze vias ferratas de la province.

viaferrataquebec.com

Un mot sur la vallée Bras-du-Nord
La pratique de l’écotourisme dans ce petit paradis a été rendue possible à la création d’une coopérative de solidarité entre les propriétaires riverains et des entreprises récréotouristiques, en 2002. En plus de la via ferrata, les visiteurs peuvent s’adonner à la randonnée pédestre sur 80 km de sentiers, au canot-camping, au canyoning et au vélo de montagne durant la saison estivale. En hiver, la Vallée Bras-du-Nord accueille les amateurs de ski hors-piste, de fatbike et de motoneige.

 





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