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Style de vie

Le 16 septembre 2013 - 13:39  | Par Emmanuel Lauzon
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La chasse aux planètes

La chasse aux planètes

Notre galaxie abrite quelques centaines de milliards de systèmes solaires dans lesquels tournent des planètes dont nous ignorions encore l’existence il y a une vingtaine d’années. Grâce à des technologies de pointe, nous savons maintenant que ces astres pullulent dans la Voie lactée. La chasse est ouverte, et ce n’est pas le choix de proies qui manque!

 

Une Terre 2.0
Jusque dans les années 90, rien ne nous permettait de croire hors de tout doute qu’un autre système solaire pouvait accueillir des planètes dans son antre. Bien que la plupart des astronomes et astrophysiciens avaient de bonnes raisons d’y croire, l’existence de ces planètes extrasolaires n’était encore à l’époque qu’une hypothèse. Gilles Fontaine, Docteur et professeur au département de physique de l’Université de Montréal, a été parmi les premiers à étudier le sujet: «On connaissait notre système solaire avec son cortège de planètes qui nous était familier, mais en 1996, on a pu en observer de nouvelles qui orbitaient autour d’autres étoiles que le soleil. Aujourd’hui, on en dénombre plus de 2200». 

Avec des chiffres aussi probants, il est difficile de ne pas se questionner sur les probabilités qu’une ou plusieurs de ces exoplanètes puissent soutenir la vie. Si l’existence de ces «Terre 2.0» n’a pas encore été prouvée, bon nombre de physiciens, astrophysiciens et astronomes croient que ce n’est là qu’une question de temps. C’est entre autres le cas de M. Fontaine: «On pense qu’il doit y en avoir un joli paquet! Il y a d’ailleurs présentement une sorte de course pour la découverte de l’une d’entre elles. Des chercheurs de partout dans le monde ont un véritable Saint-Graal, soit de trouver une planète semblable à la nôtre et qui soit à distance parfaite de son étoile, comme nous par rapport au Soleil. On parle carrément d’un prix Nobel en physique pour ce genre de découverte.»

 

À l’heure actuelle, le télescope spatial, développé par la NASA et mis en orbite en 2009, scanne littéralement notre galaxie afin de guider les physiciens dans leurs recherches. En moins de trois ans, l’instrument a à lui seul repéré quelque 2000 exoplanètes. À ce rythme, si des conditions favorables à la vie sont possibles ailleurs, nous devrions le savoir bien assez tôt.

Des planètes qui influencent leur soleil
«L’observation d’autres systèmes solaires et de leurs planètes nous aide à mieux comprendre la formation et l’histoire du nôtre», soutient Yvan Dutil, astrophysicien et membre du Comité Permanent sur la Recherche d’Intelligence Extraterrestre (SETI).

Nul besoin de remonter très loin dans le temps pour trouver un exemple pertinent. En décembre 2011, des chercheurs de l’Université de Toulouse et de l’Université de Montréal ont involontairement fait une découverte qui pourrait nous en apprendre davantage sur le destin des systèmes stellaires et planétaires. Dirigés par Gilles Fontaine, ces scientifiques ont repéré, grâce au satellite  et à une technique d’étude interne des astres appelée astérosismologie1, deux exoplanètes orbitant autour d’une nébuleuse planétaire (étoile après son passage à l’état de Géante rouge).

Cette découverte en est une particulière pour deux raisons. D’abord, parce que ces planètes extrasolaires (nommées KOI 55.01 et KOI 55.02) ont battu plusieurs records: «Ce sont les plus rapprochées de leur étoile, les plus petites, les moins massives, et celles qui tournent le plus rapidement autour de leur hôte (5 et 8 heures, versus 365 jours pour la Terre), explique M. Fontaine. Elles sont essentiellement constituées de fer et de nickel. C’est un monde infernal avec des températures entre 2000 et 9000 degrés Celsius, de la lave, des vapeurs et des pluies de métal liquide». Ensuite, en plus des records battus par ces astres, un autre aspect a retenu l’attention de l’équipe de chercheurs: le destin des systèmes solaires. Effectivement, lors de leur passage à l’état de Géante rouge, toutes les étoiles se gonflent jusqu’à devenir extrêmement grosses. En ce qui nous concerne, dans environ 5 milliards d’années, notre Soleil atteindra cent fois sa propre taille, engloutissant littéralement Mercure, Vénus et la Terre.

Jusqu’à présent, les astrophysiciens admettaient sans trop de discussion que ces trois planètes s’évaporeraient complètement lors de cette mutation de notre étoile. Or, ce qui fait que cette découverte est révolutionnaire, c’est que l’étoile autour de laquelle orbitent KOI 55.01 et 55.02 est une ancienne Géante rouge. «Elle correspond aux résidus d’une étoile qui a déjà été très grosse, précise le professeur Fontaine. En plongeant dans leur hôte, les deux planètes ont dû contribuer à la perte de masse nécessaire à sa transformation en Géante rouge, ce qui laisse croire que les systèmes planétaires pourraient ainsi influencer l’évolution de leur étoile. Cela signifie donc que les planètes peuvent survivre à la phase d’immersion. Bref, dans 5 milliards d’années, la Terre sera carrément engloutie par le Soleil, mais elle a des chances de survivre. C’est extraordinaire et personne n’y aurait cru!» 

Cette découverte inespérée oblige donc les scientifiques à revoir certaines de leurs hypothèses quant à l’évolution des systèmes solaires et des galaxies.

Habitable et habitée?
La recherche et l’étude des exoplanètes sembleraient donc être devenues des disciplines populaires au sein du corps scientifique mondial. Selon René Doyon, ­astrophysicien et professeur au département de physique de l’Université de Montréal, l’espoir de découvrir de la vie extra­solaire se trouve au cœur de cet engouement: «Pour trouver de la vie, il faut trouver des planètes. Lorsqu’on en aura identifié une ou plusieurs semblables à la nôtre, on pourra travailler sur des missions spatiales ou des instruments spécialisés afin de possiblement démontrer la présence de vie».

Mais cette vie extrasolaire a-t-elle vraiment des chances d’exister? Faute de preuves, les astronomes et les physiciens se gardent de répondre à cette question sous leur chapeau de scientifique. Toutefois, d’un point de vue personnel, la plupart d’entre eux se base sur les mêmes prémisses afin de se forger une opinion: «La vie sous forme bactérienne est survenue rapidement sur la surface de la Terre, ce qui semble indiquer que son apparition doit être relativement facile, explique Yvan Dutil. Elle doit donc exister sous cette forme ailleurs dans l’Univers, mais il lui faut beaucoup de temps pour passer du stade microbien au stade d’organisme multicellulaire ou d’être intelligent». 

Autrement dit, même si on en venait à découvrir une planète aux conditions favorables à la vie, les probabilités qu’elle soit habitée actuellement seraient très minces. Par contre, cela n’exclurait pas l’option qu’une espèce intelligente se soit développée dans le passé, ou même qu’elle se développera dans le futur. Ce qui semble surtout improbable, c’est l’existence simultanée de deux sociétés structurées sur des planètes différentes.

En effet, en plus de prendre beaucoup de temps pour évoluer jusqu’à l’intelligence, les civilisations organisées auraient une espérance de vie très courte. Selon, M. Fontaine, deux options s’offrent à des espèces comme la nôtre: «Soit il n’y a aucun futur et tout se termine dans la guerre, la famine et la pollution... bref, l’extinction. Soit une petite fraction de la population ignore les autres et réussit à s’adapter». 

Extinction complète ou potentiel de développement plafonné; voilà les deux tristes avenues possibles qui pourraient attendre toute forme de vie complexe. Or, nos chances de trouver des exoplanètes peuplées d’êtres conscients et intelligents semblent plutôt faibles. C’est du moins ce que croit M. Doyon: «Pour voir les signes d’une société extraterrestre évoluée, il faudrait qu’elle vive des millions d’années, fait-il valoir. Notre civilisation technologique existe depuis à peine cent ans. C’est court sur l’échelle cosmique qui se mesure en milliards d’années!»

Une Terre vaut mieux que deux tu l’auras
La saison de la chasse aux planètes bat son plein et plusieurs chercheurs se sont convertis en véritables «chasseurs de Terre». L’idée de trouver une planète habitable représente sans aucun doute un intérêt culturel et scientifique, mais selon M. Fontaine, cette quête serait sans grand intérêt sur le plan pratique: «Personnellement, je ne trouve pas ça très intéressant parce que je suis convaincu que des Terres, il y en a plusieurs. Tant mieux si on peut en identifier, mais après, on fait quoi?» L’étudier? Sans aucun doute. La coloniser? Peut-être, mais ça ne serait certainement pas pour tout de suite. À titre d’exemple, pour se rendre à l’étoile Polaire, il faut calculer environ 430 ans à la vitesse de la lumière (299792458 mètres/seconde). Imaginons à une vitesse plus réaliste...

À défaut de pouvoir un jour fouler le sol de ces possibles astres maison, l’exploration de notre galaxie et de notre système solaire nous aide au moins à mieux comprendre l’importance de notre propre planète. «Si on venait à découvrir que la vie n’est pas abondante dans l’Univers, cela voudrait dire que l’on vit dans un endroit encore plus particulier et précieux qu’on le pensait, rappelle M. Doyon. Ça aiderait peut-être la population à prendre conscience que l’on doit faire attention à notre monde.»

Notre galaxie est en train de se révéler à nous comme jamais elle ne l’a fait auparavant. Peu importe ce qu’elle nous apprendra au final, cela risque d’être là une bonne occasion de faire preuve d’humilité en tant qu’espèce et de respect envers le monde qui nous a permis d’émerger.

Et dire que nos ancêtres croyaient que la Terre était le centre de l’Univers!

 





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