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Rencontre

Le 12 septembre 2013 - 13:50  | Par Cassandra Poirier
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Réal Bossé

Réal Bossé

Si Réal Bossé a d’abord lancé un gros «bof» quand on lui a demandé de faire la couverture du magazine, il s’est quand même vite laissé tenter et a décidé de jouer le jeu le temps d’une séance photo. Le beau bonhomme de 6’’ 1’, au regard vert perçant, cheveux châtain clair, semble être tout droit sorti d’un mix entre les téléséries Mad Men et 19-2. Mais qu’importe. «Je n’ai pas envie d’être une image, et mon projet c’est de changer “l’image de l’image”. Elle ne vaut pas de la merde si elle n’est pas appuyée sur quelque chose. Mais si faire la couverture me permet de parler à du monde et de porter parole, ça ne me dérange pas», lance-t-il avec franchise. Humm… Alors, quelle est la vraie image de Réal Bossé?    
Photos: Jean-François Lemire
Stylisme: Martin Boucher

 

Le vedettariat, et tout ce qui vient avec, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Réal Bossé qui déplore les dérives du milieu artistique où l’image et l’apparence deviennent plus importantes que le talent brut. Parce qu’au Québec, ce n’est pas le talent qui manque, bien au contraire! «C’est très étrange que les artistes soient devenus des vedettes. Ce n’était pas ça au départ. Le vrai artiste, il ne veut pas devenir populaire. Et ce qui est dommage, c’est que si tu le fais pour ça, tu ne le fais pas pour la bonne raison. Moi, c’est de prendre et porter une parole qui m’intéresse», explique le comédien. Porter une parole, il le fait depuis plus de 30 ans dans des projets aussi variés que créatifs. Comédien, auteur, metteur en scène, improvisateur, et j’en passe, Réal Bossé est une vraie petite mine de talents. Et ces habilités, il les doit en partie au théâtre.

 

 

Homme de scène
«Ce qui est bien avec le théâtre, c’est qu’on t’engage parce que tu as du talent et non pas parce que tu es cute, sexy et que tu pognes avec les filles. Il faut savoir porter le projet d’un metteur en scène, d’un auteur. Il faut se mettre à leur service et pas se dorer la pilule soi-même», me lance Réal. Homme de théâtre. Voilà ce qui le caractérise vraiment. Parce qu’avant d’atterrir au petit et grand écran, c’est devant un public, sur les scènes des théâtres, que Réal met son corps en action, incarne toutes sortes de personnages au plus grand plaisir de faire partager un feeling. «Si ça n’avait pas été de mon fils, je n’aurais pas fait de la télévision. Je l’ai fait pour gagner mon pain plus vite et pour passer du temps avec mon gars», explique le comédien, père de Léo Bossé-Corbo. Rapidement, il se trouve un agent et commence à faire quelques deuxième ou troisième rôles, et même des rôles muets. Aujourd’hui, quand on jette un œil à la liste des projets auxquels il a participé, on a plutôt à faire à un homme expérimenté. «La télévision me fait vivre. Ma création fait vivre, alors il faut que je prenne soin de ça! Je dois être l’écran où les gens projettent leur vie. C’est ça, ma job», lance-t-il.  

Réal change de rôle comme il change de bobettes, et la liste des personnages qu’il a incarnés est longue! Mais celui de Nick Berrof, policier tourmenté et blessé, a vraisemblablement marqué les esprits. La série 19-2 a fait le buzz pendant plusieurs semaines et les éloges à son égard sont nombreux. Quand on pense que la série a failli ne jamais voir le jour… «Il y a eu beaucoup de travail, beaucoup d’efforts, mais aussi beaucoup de problèmes sur ce projet-là. Mais je ne voulais pas abandonner jusqu’à ce qu’on me dise que ça ne passera pas, raconte le comédien également coauteur de la série. Et ce que j’ai appris dans ce métier, quand tu t’engages, tu vas jusqu’au bout», m’explique-t-il, à notre plus grande réjouissance! Car la série qui attira plus d’un million de téléspectateurs chaque lundi était devenue l’un des sujets de conversation du mardi matin. «Que ce soit regardé par plus d’un million de personnes, c’est trippant, surtout de voir ce qu’ils en pensent! C’est un peu pour ça que je fais du théâtre… je veux porter une parole sur scène.» Une troisième saison? «On ne sait pas. J’ai beaucoup de possibilités en tête, peut-être même pour une quatrième saison, ou un film! Ce qui est clair, c’est que dans le milieu de la police, ça n’a pas de fin. Ou c’est plutôt de faire affaire avec la connerie humaine qui n’a pas de limites», répond-il. Il est également possible de voir Réal Bossé sur les ondes de TVA les dimanches dans la télésérie LOL :-), entre autres, où les rôles qu’il incarne s’enchainent, aussi différents les uns que les autres, dans un registre complètement différent. 

Deux projets qui lui auront valu deux nominations au Gala Artis 2013, soit meilleur rôle masculin dans une comédie québécoise et meilleur rôle masculin dans une télésérie québécoise, aux côtés de son «partner» Claude Legault. «Les gens sont étonnés de voir que tu fais de la comédie et que tu fais du drame! Mais au théâtre c’est comme ça. Il y a des gens qui font du cinéma et de la télévision et qui n’ont jamais fait de théâtre. Mais selon moi, si tu ne fais pas de théâtre, tu as moins d’outils», explique celui qui possède une formation en art dramatique à l’Université du Québec à Montréal, une formation de mime corporel de l’École de mime corporel de Montréal et un stage d’interprétation et voix au Théâtre-Espace la Veillée. 

 

 

Mâle Alpha 
Avant de franchir le quart de siècle, Réal Bossé fait un pacte avec ses parents. Si à 25 ans il ne trouve pas de travail, il redevient… électricien. Chose qu’il n’a évidemment jamais eu à faire, du moins de façon professionnelle. Parce qu’en plus d’être un comédien hors pair, Réal sait se servir de ses mains. «Si ta toilette est bouchée, qui est plus important, le comédien ou le plombier? Le plombier. Mais Réal Bossé sait faire les deux! Je peux même te faire un show en débouchant la toilette», me lance-t-il avec l’humour qu’on lui connait. «Et si tu es pris dans le bois, c’est avec moi que tu dois être. On va triper, on va faire des pièges, on va chercher de la nourriture. Je vais te sauver la vie, c’est sûr. J’ai fait mon cours de survie.» 

Serait-ce là où se cache le réel homme alpha, selon Réal Bossé? Un homme, un vrai, capable de s’occuper des siens? «Le mâle alpha prend soin de sa bande. Et il y a aussi la madame alpha, comme nos mères qui s’occupaient de nos petits sandwichs pas de croutes. C’est un couple de loups qui décide qu’ils ont le talent pour s’occuper de leur gang, ne pas mourir de froid, ne pas mourir de faim, trouver un territoire», raconte Réal. Donc exit l’image du surhomme aux airs de Hulk. Ce qui est important se passe entre les deux oreilles, et ne dépend pas de la masse musculaire, une mode qui n’est pas près d’atteindre le comédien. «En 1970, les acteurs n’étaient pas musclés. Robert Redford avait la côte, mais il était tout maigrelet. Maintenant, ça prend 50 livres de surplus en muscles et on appelle ça la santé!»

Il fait rire, il fait pleurer. Réal Bossé est ce qu’il est, d’abord et avant tout un être humain. Un homme aimant, aussi passionné par son métier. «C’est ce que je suis, un créateur. Depuis que j’existe, je suis comme ça. Je fais des spectacles depuis très longtemps, depuis que j’ai 4-5 ans à la maison. Je raconte des histoires. J’ai ce talent-là, parce que j’aime ça faire ça!» En espérant qu’il continue d’en raconter, des histoires. 

 





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