Accueil   Recherche   

english


Rencontre

Le 22 octobre 2012 - 13:42  | Par: Emmanuel Lauzon
Outils

Quand sport rime   avec guérison

Quand sport rime   avec guérison

Les gyms sont souvent synonymes de superficialité, de pression sociale et de culte de la jeunesse. Si les M. Muscles et les Barbies de ce monde ont longtemps constitué la grande partie de la clientèle des salles d’entraînement, aujourd’hui, ces endroits sont devenus bien plus que des sanctuaires pour culturistes aguerris; ils sont aussi le théâtre de différentes guérisons physiques et psychologiques. Quand la médecine a atteint ses limites, le sport peut-il faire des miracles?

Une cure contre la maladie
On le sait, les saines habitudes de vie permettent de prévenir plusieurs types de maladies comme le cancer, le diabète, l’obésité, l’ostéo­porose, les maladies cardiorespiratoires, et même buccodentaires. Mais elles peuvent également s’avérer être le salut que plusieurs malades ­n’espéraient plus. 

C’est le cas de Susan Rossignol qui, en 1982, a reçu un diagnostic d’emphysème et d’insuffisance cardiaque alors qu’elle n’avait à peine que 34 ans. Sa santé s’est progressivement détériorée jusqu’à ce que les médecins lui annoncent qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre. Pour être sauvée, elle aurait eu besoin d’une transplantation de cœur et de poumons. La chance de trouver ces deux organes en même temps était si faible que Mme Rossignol a dû se résoudre à attendre la mort. C’était il y a sept ans! Branchée sur un concentrateur d’oxygène 24 heures sur 24, elle a tenu le coup pendant deux ans avant de se décider à combattre la mort. «Je me suis demandé ce que je pouvais faire pour améliorer ma ­condition, confie-t-elle. Après avoir consulté mon cardiologue, j’ai envisagé de me mettre à l’exercice. Il m’a dit que, de toute façon, je n’avais plus rien à perdre!»

Voulant tenter sa dernière chance, Mme Rossignol s’est abonnée à un gym, et bien que les débuts aient été pénibles et décourageants, elle est aujourd’hui très fière de ne pas avoir abandonné, car les résultats se sont graduellement fait sentir. Avant qu’elle ne commence son entraînement, les médecins lui avaient dit qu’elle ne pourrait jamais se débrancher plus de cinq minutes, mais voilà qu’après trois ans de conditionnement physique, elle ne se branche maintenant qu’au besoin. «Tout a changé! J’ai recommencé à travailler, je m’amuse, je sors et je pense même à me trouver un amant», lance-t-elle tout sourire. La survivante affirme sans équivoque que combiné à son positivisme, le sport lui a littéralement sauvé la vie.

Même son de cloche du côté de Nicolas Daigneault, 39 ans, à qui l’on a diagnostiqué une leucémie lymphoblastique aiguë il y a 22 ans. Après avoir subi une greffe de moelle osseuse pour traiter une lésion cérébrale causée par la leucémie, les neurologues lui ont dit qu’il risquait de perdre l’usage de son bras droit et de sa jambe gauche. Comme si ce n’était pas assez, il s’est également mis à faire des pneumonies à répétition sans que les médecins sachent pourquoi. Et puis un jour, Nicolas en a eu assez de se laisser dominer par la maladie. Sur un coup de tête, il est allé ­s’inscrire au centre de conditionnement physique le plus près de chez lui. «À force de venir régulièrement au gym, mes deux membres sont presque complètement revenus et mes problèmes respiratoires ont disparu. J’ai toujours cru en moi et j’ai pris la ­décision de ne jamais lâcher! », lance-t-il avec la fougue du combattant.

Aujourd’hui, celui qui a choisi d’affronter son corps se porte relativement bien compte tenu des circonstances. Le cardiovasculaire l’a aidé à vaincre ses pneumonies et la musculation à reprendre de la masse. Après avoir vécu dans un état de fatigue et de faiblesse constant pendant de longues années, Nicolas a pu retrouver l’énergie et l’endurance lui permettant de fonctionner normalement: «Avant, je faisais une marche d’à peine 3-4 minutes et j’étais complètement mort. Maintenant, je m’entraîne une heure et demie par jour et je continue de vaquer à mes occupations ensuite».

Un remède pour le cerveau
L’activité physique n’a toutefois pas que des bénéfices sur la santé du corps, mais aussi sur la santé mentale. En effet, dans le cadre d’un processus de réadaptation d’un trouble tel que l’anxiété, la dépression ou la bipolarité, les intervenants et les thérapeutes prônent souvent une ­démarche globale: «Selon les besoins du patient, on peut faire plusieurs traitements à la fois, fait valoir Jean-Rémy Provost, directeur de Revivre, une association venant en aide aux personnes vivant des problématiques de santé mentale. La psychothérapie, la médication, le soutien social, l’alimentation et le sport sont autant d’outils vers un rétablissement».

On entend souvent l’adage qui nous rappelle que pour avoir un esprit sain, il faut avoir un corps sain. Mais comment la relation entre les deux ­s’opère-t-elle? «Lorsqu’on pratique un exercice, on ressent à court terme (pendant ou juste après) un sentiment de bien-être, d’énergie et de calme, explique la neuropsychologue Sara Lemelin. L’hypothèse biochimique propose que cet état soit provoqué par la libération de certains neurotransmetteurs, comme les endorphines, la dopamine et la sérotonine. En augmentant la disponibilité de la sérotonine, l’exercice agirait un peu comme un antidépresseur.» D’ailleurs, plusieurs personnes qui souffrent de dépression et qui refusent de prendre des médicaments (les raisons sont multiples: valeurs, effets secondaires, contre-indications, etc.) se tournent souvent vers le sport afin de sécréter ces «drogues» naturelles. Au même titre que l’héroïne ou la nicotine, ces hormones créent donc une dépendance en raison de l’euphorie qu’elles procurent. Pas surprenant de voir des gens aux prises avec des troubles de santé mentale s’investir intensivement dans une pratique sportive.

Stéphane Dupéré, vivant avec un diagnostic de bipolarité, en sait quelque chose. Inconfortable avec l’idée de prendre de la médication, la course est devenue pour lui un véritable traitement. «Depuis 2008, j’ai fait 26 marathons, un peu partout à travers le monde. En plus de m’aider à calmer ma respiration, la course m’aide à être plus heureux. Lorsque je saute une journée, je peux voir une différence sur mon humeur». Et ce n’est pas un cas isolé: «L’exercice physique au quotidien m’a sauvé de la dépression et du suicide, confie Jean-Pierre Légaré. Ça a aussi grandement contribué à rehausser mon estime personnelle».

Les bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale sont aussi sérieusement pris en considération par les entraîneurs sportifs lorsqu’ils rencontrent des clients pour évaluer leurs besoins. Avec raison! De plus en plus de gens pratiquent un sport ou vont s’entraîner pour s’aider à maintenir un équilibre psychologique. «Plusieurs de nos clients viennent pour relaxer et évacuer leurs tensions, relate Michel Mailloux, propriétaire des gyms M Fitness. Chez un adulte normal, l’exercice diminue l’anxiété, l’instabilité émotionnelle et aide à développer une meilleure résistance au stress». Selon Bruno Dulude, kiné­siologue et entraîneur privé chez Énergie Cardio, l’exercice est aussi très important pour prévenir les maladies dégénératives du cerveau, car il contribue grandement à la neurogenèse, processus de création de neurones dans le système nerveux. «Le cerveau humain commence à se dégrader à partir de l’âge de 30 ans, explique-t-il. Dans une certaine mesure, l’entraînement vient contrer son vieillissement. On croit donc que le fait de bouger peut avoir un effet préventif sur des maladies telles que l’Alzheimer et le Parkinson.»

Pas de stress!
Ce n’est donc plus à prouver: selon la gravité du problème, ­l’activité sportive peut, pratiquement, être considérée comme une médication. Bien sûr, ce n’est pas tout le monde qui vit avec une problématique de santé mentale. Cependant, notre mode de vie occidental nous prédispose plus que jamais à en développer. Principal responsable: le stress. Vécu au quotidien, il est l’un des principaux facteurs de risque. Afin de mieux comprendre, le biologiste et Docteur en éthologie Pierrich ­Plusquellec propose de considérer le cerveau humain comme un «détecteur de menace». Lorsque notre merveilleuse machine à penser perçoit un danger, elle envoie un message aux glandes surrénales qui libèrent les deux principales ­hormones du stress, le cortisol et l’adrénaline. Celles-ci agissent sur les différents systèmes de notre corps afin de mobiliser l’énergie nécessaire pour nous aider à affronter et triompher de la menace. «Juste à penser à la rencontre d’un homme préhistorique avec un mammouth, lance M. Plusquellec. Cet homme avait besoin de beaucoup d’énergie pour fuir ou combattre un mammouth. Notre système de stress est resté le même aujourd’hui, sauf que les mammouths n’arpentent plus nos rues. Nous sommes cependant devenus très bons pour en fabriquer dans nos têtes.»

À défaut de devoir survivre à de gros animaux, l’Homme moderne doit maintenant affronter des situations qu’il interprète lui-même comme étant stressantes. Tellement que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prédit que le stress deviendra l’une des plus importantes causes d’invalidité dans quelques années. Mais comment définit-on une situation ­stressante? Les spécialistes qui étudient les comportements et leurs fonctions évolutives ont identifié que le cerveau humain juge qu’il est en danger lorsqu’un des éléments suivants est présent: sensation de contrôle faible, sensation d’imprévi­sibilité, sensation de nouveauté, et sensation de menace à l’ego. «Si nous détectons un de ces éléments dans une situation, alors nous aurons la même réponse de stress qu’au temps des mammouths, explique l’éthologue. Nous allons donc mobiliser la même quantité d’énergie que celle nécessaire à la chasse au ­mammouth. Le problème, c’est qu’un stress psychologique ne nous donne généralement pas l’occasion d’utiliser cette ­énergie, et du coup, celle-ci reste prise en nous. Nous la gardons tant et aussi longtemps que nous ne l’utilisons pas, et elle sort parfois sous forme d’impatience, de colère, voire d’agressivité.»

À long terme, de telles émotions négatives peuvent finir par avoir de sérieuses répercussions sur la santé mentale. Notre mode de vie sédentaire et de moins en moins actif est donc directement lié à notre stress quotidien qui, ultimement, risque de mener à des ­problèmes sur le plan psychologique.

Un tout!
On nous répète souvent que le corps est un tout, que le physique influence le mental et vice versa. M. Plusquellec termine avec deux exemples concrets: «En situation de stress, on active d’autres systèmes de notre corps comme le cardio­vasculaire, mais cela sans ­dépenser d’énergie physique. On risque alors de faire de ­l’hypertension. Aussi, pour mobiliser l’énergie du stress, on a besoin de beaucoup de carburant comme le sucre, ce qui peut mener au diabète.»

Considérant que tout est relié et que le sport a des bienfaits notoires sur le corps et l’esprit, bouger n’est-il donc pas le ­remède ultime? Et si notre cerveau, activé par l’exercice, ­devenait un ­laboratoire capable de produire l’intégrale de la pharmacopée dont nous avons besoin pour nous guérir nous-mêmes?





 Article précédent  Retour  Article suivant


AUSSI À LIRE

Glenn Miller, l'homme dans l'ombre
Koriass, de plume et d'aplomb
5 choses à savoir sur Andrei Markov
Thomas Beaudoin, Artiste sans équivoque
Jean-François Breau se confie à Homme




PARTENAIRES