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Rencontre

Le 22 octobre 2012 - 13:31  | Par: Cassandra Poirier
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Alexandre Despatie, l'homme au sommet

Alexandre Despatie, l'homme au sommet

Il s’élance du haut de sa plate-forme de dix mètres en exécutant des prouesses à donner le tournis! Depuis qu’il a 12 ans, ses exploits s’enchainent et voilà qu’il se prépare à son ultime épreuve, ses quatrièmes Jeux olympiques. Rencontre express avec un de nos meilleurs espoirs, Alexandre Despatie. 

Un peu plus de quatre mois avant les prochains JO. Lorsque j’arrive à la piscine olympique, Alexandre Despatie n’est pas dans l’eau, mais plutôt en train de donner une série d’entrevues à toute la presse qui s’est déplacée pour l’événement Gilette; la remise d’une bourse de 25 000 dollars à Plongeon Canada pour encourager la relève. Pour l’occasion, Alexandre est évidemment bien mis, vêtu d’une chemise à carreaux, rasé à la perfection et incarne parfaitement l’image de la marque. Sur un écran géant, une pub de P&G, mettant en vedette le plongeur, passe en boucle, de quoi me faire patienter en attendant mon tour. À défaut de le voir s’entrainer dans la piscine, je me contente de ces prouesses filmées. Lorsqu’on m’appelle enfin, j’ai dix minutes, top chrono, avec l’athlète olympique qui m’accueille chaleureusement en me remerciant de m’être déplacée. Un vrai gentleman. 

Plus tôt dans la journée, j’apprends qu’Alexandre s’est légèrement blessé à l’entrainement ce matin, mais il me rassure tout de suite : « J’ai eu un petit spasme au cou ce matin. Ce n’est rien de grave ou d’inquiétant, mais je dois en prendre soin quand même. » À peu près au même moment, il y a quatre ans, avant les Jeux olympiques de Pékin de 2008, l’athlète se casse le pied, ce qui chamboule complètement sa préparation et met en péril ses chances de succès. Contre toute attente, Alexandre remporte quand même une médaille d’argent au tremplin de trois mètres, ce qui est incroyable! Heureusement, cette fois-ci, aucun pépin majeur; tout se déroule comme prévu, nous raconte Alexandre. « Ça va très, très bien! Évidemment, ce sont des moments qui sont très chargés, que ce soit au point de vue de l’entrainement ou de mes engagements, comme les journées avec les commanditaires. Mais je suis où j’ai besoin d’être en ce moment. Je suis dans une grosse période d’entrainement et personnellement, contrairement aux autres qui ont beaucoup de compétitions à faire, j’ai besoin de ce volume d’entrainement; beaucoup de répétitions, beaucoup de travail. Je dois faire énormément de plongeons, car j’ai été éloigné de la piscine pendant longtemps. Je dois retrouver la confiance, la constance, la régularité et la seule manière de le faire, c’est avec l’entrainement et j’ai le temps en ce moment. » 

Alexandre espère livrer sa meilleure performance pour ses quatrièmes Jeux qui seront probablement aussi ses derniers. « Comme je l’ai fait auparavant, je veux me préparer pour que ce soit mes meilleurs jeux. Je veux me préparer pour donner la meilleure performance de ma vie. Je ne laisse rien sur la table et je fais tout ce que je peux en ce moment pour être au top. Je vais être en santé donc déjà, c’est un gros plus! » La liste des médailles remportées par Alexandre est étonnante et nous rappelle à quel point il est un plongeur d’exception. Le jeune homme commence sa carrière à 12 ans seulement, alors qu’il fait partie de l’équipe nationale séniore. À 13 ans, aux Jeux du Commonwealth de 1998, il remporte la médaille d’or au tremplin de dix mètres, ce qui fait de lui le plus jeune médaillé de l’histoire pour cette compétition. Lors de sa première expérience aux Jeux olympiques de Sydney en Australie, alors qu’il a seulement 15 ans et qu’il représente le plus jeune athlète de la délégation canadienne, il termine avec une étonnante quatrième position à la plate-forme. Quatre ans plus tard, aux JO d’Athènes en Grèce, il remporte une médaille d’argent au tremplin de trois mètres. Il devient ainsi le premier Canadien de l’histoire à monter sur un podium olympique en plongeon. Même si cela est un exploit en soi, le plongeur avoue avoir été quelque peu déçu. « J’ai gagné ma première médaille olympique, mais en même temps au dix mètres, j’ai fini quatrième. Cela a été une vraie déception, donc j’ai ressenti un certain mélange d’émotions. Malgré tout, j’ai la chance d’avoir beaucoup de bons souvenirs olympiques, donc j’espère me rendre loin cet été puis créer d’autres moments magiques, d’autres performances que je n’oublierai jamais », raconte-t-il. Mais comment Alexandre appréhende-t-il ces ultimes Jeux olympiques? Le plongeur avoue ne pas entrevoir les jeux différemment, même si une certaine pression pèse sur ses épaules. « La pression, je ne l’ai jamais vu comme un obstacle. Je reste concentré sur ce que j’ai à faire, un plongeon à la fois. Je ne pense pas aux résultats, ni aux conséquences par rapport aux résultats, parce que ce serait se tirer dans le pied. Je veux vivre les jeux pleinement en tant que bon coéquipier, être heureux, supporter mon équipe et l’équipe canadienne au complet puis en même temps faire du mieux que je peux pour ma part. » 

Malgré son emploi du temps chargé, surtout en période de préparation intense aux Jeux olympiques, Alexandre s’accorde tout de même du temps pour relaxer et voir les proches qui lui sont chers. «J’essaie de passer du temps avec ma famille et mes amis, ce qui est super important pour moi. Ce que j’aime c’est que mes vrais bons amis, ils savent que je ne veux pas parler de plongeon, je ne veux pas parler de voyage, je déconnecte complètement et ça, c’est important pour moi», explique le plongeur qui aime manger une bonne bouffe en compagnie de ses amis et de sa famille. Mais même dans ses moments libres, l’accent est toujours sur le but ultime, les prochains JO. « Le repos est vraiment important en ce moment pour maximiser mon énergie. Le focus est sur une chose : l’entrainement. Mais en même temps, tout ce que je fais en dehors des périodes d’entrainement essaie d’optimiser les conditions quand je suis dans la piscine, pour que je puisse être au sommet de ma forme! » 

Même si la carrière de plongeur d’Alexandre Despatie n’est pas encore terminée, il pense tout de même à ce qui en sera après. Et si vous pensez qu’il se recyclera en entraineur, vous avez tort. « Je vais essayer de rester impliqué dans le sport en général, sans toutefois devenir entraineur. Ça prend un talent spécial, un œil et une vision. Il faut être capable de voir des choses que les gens normaux ne sont pas capables de voir Il faut être passionné par ce sport aussi. L’œil et le talent, je ne les ai pas. Je n’ai pas la patience non plus, car ça en prend énormément pour être un bon entraineur. Ce n’est pas que je ne veux pas rester dans le monde du plongeon comme tel, mais j’ai d’autres aspirations. » On a pu voir pour la première fois au grand écran Alexandre dans le film pour ados À vos marques party! dans lequel il incarne le rôle d’Olivier Duclos un plongeur! Une première expérience qui a confirmé son désir de devenir acteur. « Le cinéma, c’est définitivement vers cela que je veux m’en aller comme deuxième carrière. C’est un milieu qui me passionne! Chaque fois que je regarde un film, j’essaie de penser à ce que cela pourrait être dans le futur et j’essaie de me mettre dans la peau des acteurs. Je suis prêt à faire le travail. Je sais que c’est un milieu qui est difficile, mais je ne me suis pas rendu où je suis aujourd’hui sans avoir travaillé », explique le jeune homme. Avec son caractère fonceur et sa tête sur les épaules, et sa belle gueule, le plongeur a toutes les chances de se tailler une place dans le milieu. Reste à nous montrer ce qu’il a dans le ventre en campant un vrai rôle et non son propre personnage. 

Mais avant de tourner la page, Alexandre doit rester concentré sur la prochaine épreuve qu’il prépare sérieusement. Même si le plongeon est un sport individuel, l’athlète s’entend bien avec ses adversaires qu’il considère comme ses amis. « Je me prépare à ma manière pour ma compétition. Il n’y a pas d’intimidation et on est vraiment tous des “chums”! À la fin de la journée, c’est le meilleur qui a gagné, on se sert la main, on se donne l’accolade et on va prendre une bière ensemble. C’est particulier, car je sais que ce n’est pas comme ça dans tous les sports. On est content de se voir lorsqu’on arrive en compétition. Même si les Jeux olympiques sont une épreuve qui est beaucoup plus stressante que les autres, on reste des amis avant tout », raconte-t-il. 

Mon tête-à-tête tire à sa fin. La relationniste me fait « subtilement » comprendre que mon temps est écoulé. Alexandre a bientôt rendez-vous avec le physiothérapeute, juste après avoir terminé sa ronde d’interview. Rendez-vous aux JO de Londres! 

Bonne chance Alexandre! 





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