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Le 15 octobre 2012 - 14:10  | Par: Jean François Boily | Photos : Félix Amyot
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Du vent dans l'aile, l'appel du KITESURF

Du vent dans l'aile, l'appel du KITESURF

J’avais choisi ma journée pour une initiation au kitesurf, car les pointes de vent soufflaient à près de 30 nœuds et il ne faisait guère plus que huit degrés Celsius. Même le sympathique instructeur maugréait contre le froid de ce matin de juin, mais… il faut ce qu’il faut! Une fois dans l’eau, solidement harnaché à mon cerf-volant, tous ces petits désagréments furent rapidement oubliés. Dès que le vent s’est engouffré dans l’aile, j’ai été conquis. Le fait d’être la charnière entre deux éléments, le vent et l’eau, procure un sentiment de puissance incomparable. Ce doit être la raison pour laquelle les adeptes de ce sport se multiplient, au Québec et ailleurs… 

Sans mauvais jeu de mots, le kitesurf est un sport qui a le vent dans les voiles. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré Arthur de la Mauvinière, propriétaire de la boutique-école KITEFORCE et instructeur certifié par l’International Kitesurf Organization (IKO), qui a gentiment accepté de nous montrer les rudiments de son sport.

On dit du kitesurf (ou kiteboard) qu’il combine les sensations du wakeboard, du surf, de la planche à voile, du parapente et même de la gymnastique, à cause des figures aériennes spectaculaires qu’il permet d’effectuer. C’est un sport d’adrénaline et de sensations fortes, il va sans dire. «Le kitesurf est toujours en développement et crée un fort engouement, explique Arthur de la Mauvinière. Pour moi, dans les sports extrêmes, il est en passe de devenir un sport mondial, au même titre que le snowboard, parce que la plupart de ceux qui l’essaient en sont fous et veulent continuer. Ce sport-là, c’est un virus.» 

Un peu d'histoire
L’idée de tracter des véhicules, des embarcations ou des personnes avec un cerf-volant, à des fins utilitaires, remonte aussi loin qu’au 19e siècle. Plus tard, dans les années 1960, des sportifs motivés ont commencé à imaginer des systèmes permettant de combiner les cerfs-volants aux skis (nautiques et alpins), aux patins (à roulettes et à glace), aux canots et aux kayaks, ainsi qu’à des buggys de toutes sortes. Bref, les essais furent nombreux (et les accidents également). 

Dans les années 1970, l’apparition de matériaux synthétiques comme le kevlar et les cordes spectra a ouvert la porte à de grandes améliorations techniques. Ce n’est toutefois pas avant 1984 que les frères Dominique et Bruno Legaignoux, des Français vivant sur la côte Atlantique, déposent le brevet d’une «aile propulsive à armature gonflable». Maniable et facile à faire redécoller quand elle tombe dans l’eau, cette aile permet l’essor réel du sport. À cette époque, cependant, même s’il gagne en popularité, le kitesurf conserve sa réputation de sport dangereux, car les accidents demeurent assez nombreux et la cohabitation avec les sports plus classiques comme le surf et la planche à voile ne se fait pas sans heurts. Il va sans dire qu’avec des cordages d’une longueur de plus de 20 mètres, la «bulle» des kitesurfeurs est plutôt imposante.

L’autre innovation majeure dans le sport est l’apparition de la barre de contrôle à quatre lignes, qui permet de moduler la longueur des cordes attachées à l’arrière de l’aile, pour jouer sur l’angle d’incidence du vent et ainsi contrôler la puissance de la traction. Quelques inventeurs semblent se disputer la paternité de cette percée technique, mais ce sont encore les frères Legaignoux qui, en 1997, déposent le brevet d’un «système de contrôle d’une aile ellipsoïdale retenue par des lignes». Ce système permet l’affaiblissement quasi complet de la traction de l’aile – le depower – dès que le kitesurfeur lâche la barre de contrôle. L’aile se retrouve alors à flotter dans le vent, sans traction. 

C’est à partir de là que les risques d’accident ont vraiment diminué. Et comme l’équipement a continué de se raffiner depuis, le kitesurf a connu un essor considérable ces 10 dernières années. Sa réputation de sport casse-cou, quant à elle, s’améliore lentement, mais sûrement.

«À mes débuts, à la fin des années 90, le kite était beaucoup plus dangereux, explique Arthur de la Mauvinière. Il y avait beaucoup moins de sécurité “simple”, pourrait-on dire. Aujourd’hui, juste en lâchant sa barre, on devient très sécuritaire, car les kites sont pratiquement 100% depower. Dans le temps, on devait être au maximum à 30% depower. Et puis on n’avait pas les réflexes qu’on acquiert aujourd’hui, parce qu‘il n’y avait pas de cours. Tout a évolué: les redécollages sont plus faciles, les kites sont plus stables et réagissent mieux dans les vents irréguliers… Bref, tout est plus simple.»

Comment commencer
Être dans le vent, c’est bien, mais mieux vaut partir du bon pied. Même si la tentation peut-être grande d’aller se lancer par soi-même dans les bras d’Éole, un cours demeure incontournable, selon Arthur de la Mauvinière.

«Et je ne dis pas ça parce que je suis instructeur, explique-t-il. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de cours, et, sérieusement, j’ai dû apprendre en trois ans ce que j’enseigne aujourd’hui à mes élèves en trois heures! Si tu te lances par toi-même, tu augmentes grandement les chances d’abîmer ton kite, de blesser quelqu’un, ou de te blesser toi. Ainsi, le prix d’un cours risque d’être bien moindre qu’un ou l’autre de ces désagréments. Une fois le cours complété, quand les notions de base pour la lecture du vent sont assimilées, normalement, ça va: tu peux pratiquer et apprendre beaucoup de choses par toi-même. Mais on peut difficilement espérer faire la première heure tout seul, de manière autonome.»

Avant même d’aller à l’eau, dans la première partie du cours d’initiation, on apprend, en gros: à identifier les endroits propices où pratiquer le sport; à gonfler son kite; à monter son cordage de façon sécuritaire; à marcher avec l’aile dans les airs; à se placer au bon endroit dans l’eau pour lancer le kite et le faire atterrir (aidé par un partenaire, idéalement).

Quand ces notions liminaires sont acquises, on passe à l’apprentissage du pilotage de l’aile, dans une zone où l’eau n’est pas très profonde. Déjà là, le plaisir de sentir la puissance du vent s’engouffrer dans l’aile pour nous arracher de terre comme si on n’était qu’une plume est intense.

Le contrôle du cerf-volant à l’aide de la barre de direction est étonnamment simple et instinctif. Par contre, aux moindres faux mouvements ou gestes trop brusques, l’aile plante à l’eau. Ou on se retrouve trop engagé dans la «fenêtre de traction», avec le kite dans un axe horizontal, et c’est le vol plané instantané, avec atterrissage sur le ventre en sus (particulièrement si, comme moi, vous n’écoutez pas les conseils de l’instructeur lorsqu’il crie: «Lâche ta barre!») 

Il faut dire que les premières tentatives de pilotage se font avec une aile dont le cordage est très court, et dont les réactions sont plutôt «subites», si on peut dire. Or, ces expériences de perte de contrôle sont très importantes au plan de la sécurité, car elles permettent d’expérimenter le largage de l’aile (qui peut être nécessaire en cas de situation dangereuse), ainsi que la récupération du matériel de manière sûre et autonome.

À l’étape suivante, on apprend à stabiliser l’aile d’une seule main, ainsi qu’à se faire tirer sur l’eau par le cerf-volant. Ce sont les étapes de transition nécessaires avant de pouvoir monter sur la planche.

«Il y a une ou deux heures minimum de cours sans planche, où l’on apprend à manipuler le cerf-volant de manière statique et en traction, précise Arthur de la Mauvinière. Ça va nous mener à nous coucher dans l’eau et à nous faire tracter par le cerf-volant, ce qui nous apprend à nous en servir comme d’un moteur pour nous diriger dans diverses directions – sous le vent, de travers, et aussi à remonter le vent –, jusqu’à ce qu’on soit capable d’aller où on veut. À ce point, quand on sait manipuler l’aile à une main, on peut commencer à manipuler la planche avec la deuxième main… C’est souvent à ce moment-là qu’on va briser un kite, car l’élève commence à avoir beaucoup de choses à gérer en même temps. Mais avec deux ou trois notions, on réussit normalement à se mettre la planche aux pieds, et on se familiarise avec le waterstart, c’est-à-dire les phases motrices, pour arriver à se tenir debout sur la planche et accélérer.»

C’est habituellement là que s’arrête le cours d’initiation. Pour la suite, il faut revenir avec son propre équipement, et, en une heure de cours environ, on est en mesure de se faire guider vers la navigation autonome. «À partir de là, le plaisir est pratiquement infini, car la courbe d’apprentissage du sport est rapide et constante, et il y a toujours, toujours moyen de s’améliorer», explique Arthur de la Mauvinière. Bref, le fun commence. En plus, on peut en faire du snowkite l’hiver, en utilisant à toute chose près le même équipement. Difficile de trouver mieux…   

Pour ma part, je suis toujours en attente de la «vraie» expérience, car le vent était trop puissant pour que je puisse monter sur la planche à mon premier cours. En fait, je suis un peu comme un gars qui est allé s’exciter aux danseuses: j’ai pu regarder, mais je n’ai pas pu vraiment toucher! Qu’à cela ne tienne, le seul fait d’avoir pu piloter l’aile durant quelques heures a suffi pour me donner la piqûre. Au moment d’écrire ces lignes, je me suis procuré un équipement complet et j’attends impatiemment la prochaine journée venteuse pour mon baptême officiel de kitesurf.

Et, avide de filer sur l’eau, je crois mon instructeur sur parole lorsqu’il affirme: «Quand tu commences à glisser sur la planche, c’est fini, tu ne t’arrêtes plus jamais.» Et moi qui me cherchais une bonne raison de revisiter le Québec. Je vais me laisser guider par le vent.

V’là le bon vent
Pour pratiquer le kitesurf, idéalement, il faut trouver un endroit où le vent est constant. Les meilleurs sites sont évidemment la mer et les grands lacs, mais les embouchures de rivières et tous les endroits exposés, où le vent arrive «de loin» sans être dévié ou entravé, peuvent aussi faire l’affaire. Habituellement, les mordus savent identifier les endroits où le vent est le plus propice. Vous n’avez qu’à chercher les rassemblements de cerfs-volants sur l’eau, ou vous informer auprès des connaisseurs. Le site www.windguru.com, qui répertorie les prévisions éoliennes pour diverses zones où on peut pratiquer le kitesurf, est aussi une référence appréciée des amateurs.

L’équipement de base
L’aile. C’est la pièce centrale de l’équipement du kitesurf. On utilise généralement des ailes allant de 7 à 17 m2, qu’on choisit en fonction de la force du vent et du poids du surfeur.    

La barre. C’est la partie qu’on tient dans les mains et qui permet de contrôler les mouvements de l’aile, ainsi que sa puissance, dépendamment qu’on la tienne rapprochée ou éloignée du corps. Sur les kites modernes, la barre est habituellement rattachée à quatre lignes. C’est aussi sur la barre qu’on trouve un système de largage d’urgence.

La planche. On identifie, en gros, deux types de planches: les directionnelles sont conçues pour avancer d’un seul côté et utilisées pour les vagues et la vitesse, tandis que les bidirectionnelles (twin tips), utilisées en freestyle, sont souvent parfaitement symétriques, ce qui permet de les diriger d’un côté ou de l’autre sans distinction. Les planches sont habituellement munies de sangles de pieds coussinées.

Le harnais. Indispensable en kitesurf, il est attaché autour des hanches du surfeur. On y attache aussi la sangle de sécurité (la leash), qui empêche l’aile de s’envoler complètement en cas de largage d’urgence. Dans les situations extrêmes, la leash peut elle-même se détacher, pour laisser aller totalement le cerf-volant.

Arthur de la Mauvinière entouré de l’équipement de base essentiel à la pratique du kitesurf: l’aile (Zeeko Notus 12 m2; 1440$), la planche (997 Comet 143 cm; 519$) et le harnais (Ion Apex; 199$). On peut aussi rajouter, pour avoir l’équipement de départ complet: la combinaison en néoprène (à partir de 200$), les bottillons antidérapants (75$), le casque (120$) et la veste de flottaison (100$). 

Le vent est gratuit.

vite, vite, vite…
Depuis 2008, le kitesurf détient le record de l’engin à voile le plus rapide sur l’eau. De plus, le record ne cesse d’être battu, et, depuis octobre 2010, il appartient à l’Américain Rob Douglas, qui a atteint une vitesse de 55,65 nœuds (plus de 103 km/h), au Luderitz Speed Challenge 2010, tenu en Namibie. À plus de 100 km/h, on recommande fortement d’attacher votre braillet avec de la broche!      

Remerciements

Merci à Arthur de la Mauvinière, de la boutique-école KITEFORCE, pour ses judicieux conseils (et sa patience avec les débutants!)  
8400, boul. Saint-Laurent, suite 201, Montréal, (514) 691-3314

 





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