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Le 15 octobre 2012 - 13:28  | Par: Christian Thibault
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Web ouvert vs applications propriétaires

Web ouvert vs applications propriétaires

L’année dernière, le magazine Wired annonçait haut et fort la mort du web. Un titre qui frappe fort et un article très intéressant. Est-ce que le web deviendra désuet face à la montée en popularité des applications utilisant l’internet?  

Tout d’abord, définissons la différence entre l’internet et le web. L’internet, c’est l’ensemble des serveurs et des tuyaux qui les relient les uns aux autres. C’est le réseau où voyagent de petits paquets d’information, d’un ordinateur à un autre. Le web, ou la toile, c’est l’ensemble du contenu avec lequel nous interagissons à l’aide d’un fureteur. Le contenu du web voyage sur le réseau internet, mais il n’est pas seul. Quand vous faites une vidéo-conférence à l’aide de Skype, vous utilisez l’internet, sans passer par le web. C’est également le cas lorsque vous utilisez une application installée sur votre téléphone intelligent. 

Pour moi, la beauté du web, c’est son ouverture, son côté collaboratif. Le web n’appartient à personne. Faites le test, pour mieux saisir ce que je veux dire. Ouvrez n’importe quelle page web à l’aide de votre fureteur. Ensuite, cliquez sur l’item de menu «View», puis sur le sous-menu «Page Source», et vous pourrez voir le code HTML de la page en question. Si je vois une page présentant une particularité intéressante, je peux analyser le code, puis le réutiliser. Bon, ce n’est pas tout à fait aussi simple que ça: il y a aussi du code en amont, côté serveur, qui n’est pas accessible, mais on peut faire un bon bout de chemin avec le code HTML et les fichiers CSS et JavaScript. C’est l’une des raisons pourquoi le web a autant évolué ces dernières années. 

Du côté des applications, qu’elles utilisent l’internet ou non, il y a celles dites «propriétaires» et celles dites «ouvertes» (voir ma chronique de décembre 2009; http://hommemagazine.ca/?p=2224). Malheureusement, la tendance actuelle est aux applications propriétaires. Elles appartiennent à des corporations qui ont investi d’importantes ressources pour les développer. Elles sont un des éléments d’une stratégie visant à générer des profits. Je ne suis pas contre la profitabilité, mais je préfère celle des individus et des PME, plutôt que celle des grandes corporations. Pour illustrer mon propos, analysons le cas iTunes. 

LE MODÈLE D’AFFAIRES ITUNES
L’application iTunes nous permet d’acheter de la musique, des films, ainsi que d’autres applications. En soi, c’est une bonne chose. C’est définitivement plus noble que de pirater le contenu des créateurs. Mais en utilisant iTunes, nous acceptons les règles d’Apple. De ces règles, il y en a deux qui me donnent des boutons. 

Premièrement le contenu doit d’abord passer un test de moralité. Apple se garde un droit de regard sur tout le contenu qui se vend via iTunes. Par exemple, la pièce musicale d’un artiste de ma connaissance a été renommée «P***y Sheppard» plutôt que «Pussy Sheppard». On frôle ici la censure. Je suis d’accord avec un contrôle de la qualité rigoureux, pour s’assurer que l’expérience utilisateur soit optimale. Cela étant dit, je crois que les adultes vaccinés peuvent et doivent gérer leurs principes moraux eux-mêmes. 

L’autre point, c’est la marge de profit exorbitante qu’Apple touche sur toutes les ventes générées par iTunes: 30%. C’est beaucoup pour un simple intermédiaire. Traditionnellement, un facilitateur se garde de 10 à 15% et tout le monde y trouve son compte. Surtout si les coûts de distribution sont minimes, comme c’est le cas dans l’internet. La stratégie d’Apple est claire, vendre le plus d’ordinateurs, de téléphones, de tablettes et de lecteurs MP3, et ainsi agrandir le bassin d’utilisateurs iTunes. 

MULTIPLATEFORME
Ce n’est pas pour rien que les applications sont devenues si populaires. C’est parce qu’elles fonctionnent bien, qu’elles sont faciles à utiliser. Elles sont développées dans un environnement contrôlé, il est donc plus simple de produire une application qu’un site web multiplateforme. Mais il faut bien comprendre qu’à chaque fois que vous téléchargez et que vous utilisez une application propriétaire, vous votez pour une corporation en particulier. 

Les créateurs de contenu doivent maintenant orienter leurs choix technologiques. Est-ce plus profitable de créer un site web applicatif pour tous les ordinateurs, les téléphones et les tablettes, ou de créer un site web pour les ordinateurs, et ensuite des applications pour les téléphones et les tablettes fonctionnant sous différents systèmes d’exploitation (Mac, Windows, Android et BlackBerry)? Évidemment, la seconde option est la plus coûteuse. Mais les applications sont tellement au goût du jour, que la tendance est de combiner un site web et une application d’un système d’exploitation en particulier. Ça peut sembler une bonne idée à court terme. Mais que se passera-t-il si l’échiquier des systèmes d’exploitation bouge d’une façon inattendue? Ou si la corporation dominante décide changer les règles du jeu?

Si on pousse le raisonnement un peu plus loin et qu’on pense à l’échelle planétaire, choisir le web multiplateforme devient un choix évident. Les habitants des pays émergents utilisent principalement nos vieux ordinateurs recyclés avec des systèmes d’exploitation piratés ou libres. Une minorité d’entre eux ont les moyens financiers d’accéder à la banlieue asceptisée des applications propriétaires. Voulons-nous vraiment créer une autre barrière économique entre eux et nous?

En conclusion, je vous dirais que pour accomplir certaines tâches, surtout sur les petits écrans des téléphones intelligents, les applications sont les plus pratiques. Mais restons vigilants et ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier. Nous risquerions de nous retrouver dans une position désavantageuse en tant qu’utilisateurs. Les solutions technologiques et les corporations qui les développent doivent servir les gens, et non le contraire. 

Christian Thibault 

pour en savoir +

The Web Is Dead. Long Live the Internet.
Chris Anderson et Michael Wolff

Vers de nouveaux modèles d’affaires?

Marlei Pozzebon et Thierry Gateau, collaboration spéciale HEC
La Presse

 





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