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Style de vie

Le 15 octobre 2012 - 10:43  | Par: Emmanuel Lauzon
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La popularité croissante des microbrasseries au Québec

La popularité croissante des microbrasseries au Québec

Jusqu’aux années 80-90, le marché de la bière était très conservateur. Deux grandes brasseries commerciales dominaient les tablettes (Molson et Labatt), et les «buveux» de bière n’avaient qu’un seul critère: qu’il n’y ait pas d’arrière-goût! Aujourd’hui, le portrait est bien différent, et tout porte à croire que le plus gros du changement reste à venir

Une révolution s’organise
Il y a 15 ou 20 ans, quelques amateurs de bières marginaux ont voulu apporter un peu de nouveauté en créant des produits qui se différenciaient des grandes marques. Ces bières au goût plus prononcé ont su créer un certain engouement, mais pas suffisamment pour ébranler le marché et réussir à se tailler une place. La grande majorité des premières microbrasseries québécoises ont alors dû cesser leurs opérations, à défaut d’obtenir du financement ou en raison de la trop forte compétition faite par les géants du brassage. Philippe Wouters, «bièrologue» et éditeur du magazine Bières et plaisirs, se rappelle cette époque: «Le marché de la bière était tellement “laconique” que lorsque les nouvelles brasseries ont voulu demander leurs permis d’alcool et leurs prêts, les autorités et les institutions financières n’en croyaient rien. Les pionniers comme Laura Urtnowski de Boréale et Peter McAuslan ne l’ont pas eu facile».

Heureusement, des entreprises comme Boréale, McAuslan et Cheval Blanc ont réussi à aller chercher leur maigre part du gâteau pour survivre jusqu’aux années 2000, une époque charnière pour le marché de la bière au Québec. Certaines modifications ont alors été apportées dans les lois afférentes à l’industrie brassicole, donnant ainsi plus de liberté aux entrepreneurs. Une vague a ensuite tranquillement commencé à naître, et c’est dans toute cette effervescence que l’on a vu apparaître plusieurs établissements de type «brouepub», ainsi que de nouvelles microbrasseries. Une véritable culture de la bière s’est progressivement installée chez nous depuis quelques années, et l’intérêt ne semble pas diminuer, bien au contraire. Ce qui était autrefois réservé aux amateurs avertis a été démocratisé et devient plus que jamais accessible à tous. Exit les bières fades! «Nous sommes dans un courant du goût et des “foodies”, explique M. Wouters. On cuisine de plus en plus à la maison et on s’intéresse de plus en plus aux produits locaux. Cela fait des années que l’on formate les gens à manger du gras et du sucre, ainsi qu’à boire des bières sans saveur! Nous sommes en pleine révolution du goût en ce moment, et la bière en fait partie».

Un pas à la fois
Bien que l’engouement pour les bières du terroir soit bien réel, cette «révolution» n’est pas complètement terminée. Le désir des consommateurs de boire des produits plus goûteux est manifeste, mais certains problèmes viennent encore mettre un frein au développement des microbrasseries. D’abord, les brasseurs industriels, voyant leurs parts de marché diminuer, ont à leur tour décidé de se lancer dans la fabrication de produits dits artisanaux. Mais là où le bât blesse, c’est qu’une compagnie comme Molson (qui produit la gamme Rickard’s) jouit d’un réseau de distribution et d’un budget de promotion qu’on ne peut comparer à celui des plus petits joueurs du milieu brassicole. Un autre défi est d’amener les amateurs à fréquenter des commerces spécialisés afin qu’ils puissent jouir d’une vraie sélection de produits du terroir. Car, en plus du choix limité en bières artisanales qu’offrent les supermarchés, ces produits sont presque cachés, au profit des grandes brasseries qui achètent l’espace le plus stratégique sur les tablettes. De plus, souligne M. Wouters, «les brasseurs artisanaux sont des artistes avant d’être des gestionnaires. Ils font de la très bonne bière, mais ils ne savent pas comment la vendre. Ce qui n’est pas le cas des grands brasseurs, par exemple».

Il existe donc un sérieux potentiel de marché pour les artisans brassicoles québécois, mais cet intérêt n’est pas encore exploité de façon optimale. Le pourcentage des ventes globales des bières de microbrasseries est encore plutôt bas (7%, versus 93% pour les grandes entreprises), mais les chiffres continuent de grimper… lentement, mais sûrement! «Le paradoxe est amusant, ajoute le “bièrologue”. Les produits en pleine croissance sont les bières à très faible calorie et les bières pleines de saveurs (donc à bien plus de calories). Les deux extrêmes! Est-ce que cela va durer? Fort probablement. Mais les microbrasseries devront consolider leurs acquis et surtout travailler sur le marketing».

Le Québec: paradis de la bière?
Suffit d’avoir goûté la bière de quelques pays pour vite se rendre compte que quelque chose de spécial se trame chez nous. Les connaisseurs vous le diront: en termes de variété et de qualité, le Québec est devenu l’éden des «bièrophiles». Mais attention, la belle province est le pays d’aucun style en particulier. Les Anglais, par exemple, ont créé la Stout (popularisée par les Irlandais), tandis que les Belges et les Allemands nous ont donné les deux traditions de bières blanches: la «witbier» (goût d’agrumes et de coriandre) et la «weizenbier» (légère saveur de banane). 

Alors en quoi le Québec peut-il être le paradis de la bière s’il ne possède aucune tradition de brassage? En imitant! Eh oui, les brasseurs d’ici reprennent des recettes d’ailleurs, les adaptent et arrivent ainsi avec des produits équivalents (voire meilleurs) que les originaux. Les Anglais peuvent bien produire de la stout tant qu’ils veulent, s’ils ont envie de boire une lager ou une blanche, il y a de fortes chances qu’ils doivent acheter de la bière importée. Heureusement, chez nous, il est possible de déguster une bière issue d’à peu près n’importe quelle tradition, mais brassée chez nous, avec des ingrédients de chez nous.

Plusieurs microbrasseries québécoises offrent maintenant leur propre gamme de bières, et ce, pour le plus grand bonheur des amateurs de goût. Elles y mettent même parfois leur petite touche personnelle. Le Québec a donc tout ce qu’il faut pour devenir une référence mondiale en matière de diversité brassicole. Et selon M. Wouters, ce serait grâce à la SAQ qui, involontairement, par leur gestion protectionniste, aurait favorisé l’essor des microbrasseries: «Si elle avait été plus active en important des produits du monde entier et en offrant plus de place à la bière depuis 20 ans, on n’aurait fort probablement pas autant de brasseries au Québec. Aujourd’hui, il y a des styles de Belgique, d’Allemagne et d’Angleterre qui sont très bien représentés ici. Nos brasseurs professionnels ont été brasseurs amateurs, et par le fait même, ont brassé des styles avant de brasser des produits maison».

Où acheter sa «broue»
Si les sortes de bières se multiplient et se diversifient, les endroits pour se procurer ou consommer une bonne «cervoise» en font tout autant. Bien que la grande majorité des épiceries et des dépanneurs ne tiennent que les micros plus connues (Boréale, McAuslan, RJ, Unibroue, etc.), de plus en plus d’endroits spécialisés cherchent à rejoindre une clientèle à l’affût de découvertes en faisant entrer des produits artisanaux. C’est surtout vrai pour Montréal et Québec ainsi que leurs banlieues, mais ce n’est probablement qu’une question de temps avant que le phénomène se propage à travers le Québec. Car, si l’intérêt pour les saveurs et les mariages bières-mets continue de prendre de l’envergure, les détaillants devront être en mesure de répondre aux questions du client. Et les employés d’un supermarché n’ont pas forcément le temps ni les connaissances requises pour être de bon conseil. 

Donc, si le marché continue de se développer, des dépanneurs spécialisés pourraient bien voir le jour un peu partout dans la province. Mais, en attendant, il est quand même possible de goûter de bonnes bières et d’être bien conseillé en région. Toutefois, c’est plutôt dans les établissements de type «brouepub» que l’amateur saura étancher sa soif. Ces endroits sont de plus en plus populaires, et plusieurs villes du Québec ont déjà depuis quelque temps leurs repères pour les amoureux de la bière. «Considérant que les gens sont de plus en plus intéressés, je comparerais les “brouepubs” d’aujourd’hui aux tavernes d’autrefois: on y va pour socialiser, les femmes et les enfants en plus», ajoute M. Wouters.

Finalement, on peut dire que la consommation de bière au Québec a bien changé. Tout comme le vin, c’est devenu une façon épicurienne de boire un verre, de souligner une occasion spéciale, de se rassembler en famille et entre amis, mais, surtout, de faire plaisir à nos papilles gustatives. L’amour de la bière fait maintenant partie de la culture québécoise et si nous voulons continuer de profiter de nos bons produits du terroir, il faut savoir en apprécier la valeur et penser local au moment d’acheter.

Quelques noms à retenir 
Les gens de Québec ou les touristes de passage dans la Capitale-Nationale devraient immanquablement faire un petit arrêt au dépanneur spécialisé Le Monde des Bières (13, rue Marie-de-l’Incarnation), où ils trouveront une véritable caverne d’Ali-Baba. La microbrasserie et coopérative de travail La Barberie, quant à elle, offre non seulement des produits originaux et d’une qualité irréprochable (pale ale lime & framboise, blonde biologique, blanche aux mûres, etc.), mais accueille également les amateurs dans son salon de ­dégustation situé au 310, rue Saint-Roch.

En Montérégie, la municipalité de Chambly est sans aucun doute une destination brassicole par excellence, notamment parce qu’elle est le siège de la très populaire marque Unibroue depuis plusieurs années, mais aussi (et surtout!) parce que c’est là que Nicolas Bourgault a fondé, il y a un peu plus de 6 ans, Bedondaine et bedons ronds, une microbrasserie et un véritable musée de la bière. Vous pourrez y goûter des produits aussi originaux que la Mentheuse (ambrée à la menthe) ou l’Ensorceleuse (miel de fleur sauvage et coriandre).

La région des Cantons de l’Est est aussi fertile en brasseurs artisans. Parmi la longue liste, la microbrasserie sherbrookoise le Siboire (80, rue du Dépôt) se distingue par ses spécialités (india pale ale et quaker stout) et ses locaux aménagés dans un édifice historique du centre-ville (une ancienne gare).

Pour une liste des microbrasseries du Québec et pour suivre l’actualité brassicole, vous pouvez visiter le site de Bières et plaisirs

 





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