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Le 12 octobre 2012 - 11:00  | Par: Emmanuel Lauzon
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Le soccer: deuxième sport national des Québécois?

Le soccer: deuxième sport national des Québécois?

Depuis plus de cent ans, les gens de la belle province vouent un véritable culte au hockey. Bien plus qu’une passion, ce sport fait partie de notre culture. Malgré tout, certains indices portent à croire que le sport national des Québécois fait actuellement face à un adversaire de taille. 

Petite histoire du soccer au Québec
Si le soccer tel que nous le connaissons n’est pratiqué que depuis environ 150 ans, c’est au Moyen-âge que les balbutiements de ce sport sont apparus. Très populaire durant la guerre de Cent Ans, la «choule» (ou soule) était un jeu qui consistait grossièrement à aller porter une boule dans le camp adverse. Ce sport a été modifié en deux variantes qui ont donné naissance au soccer et au rugby.

Exporté en Amérique par l’Empire britannique, le soccer n’a pas connu une très grande popularité à son arrivée aux États-Unis et au Canada, et réussissait difficilement à se structurer. En 1876, la Dominion Football Association voit le jour à Montréal, marquant ainsi le début professionnel de ce sport en terre canadienne. Bien que la participation du Galt Football Club aux olympiques de 1904 marque un tournant pour le soccer canadien, ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que ce sport prendra son véritable erre d’aller. Grâce à l’arrivée d’immigrants venant de partout dans le monde, le « foot » trouve plusieurs adeptes et commence à s’organiser. Quelques associations voient le jour, dont la North American Soccer League (NASL) fondée en 1963, dans laquelle le Manic, équipe montréalaise appartenant à la brasserie Molson, a effectué un court passage de 1981 à 1983 avant de devenir l’équipe nationale en passant aux mains de la Fédération canadienne de soccer. Il faudra attendre cinq ans avant que la brasserie O’Keefe donne aux Québécois une nouvelle équipe professionnelle. Le Supra de Montréal jouera alors cinq saisons au sein de la Canadian Soccer League (CSL) jusqu’à ce que cette dernière ne cesse ses opérations. 

À l’automne 1992, le Groupe Saputo acquiert une franchise de la American Professional Soccer league (APSL) et l’Impact de Montréal nait des cendres du Supra. Dix-neuf ans plus tard, l’Impact existe toujours et attire maintenant plusieurs milliers d’amateurs de soccer dans son propre stade. L’année 2012 sera une plaque tournante pour le club montréalais qui fera son entrée dans la Major League Soccer (MLS), au grand bonheur des Québécois qui se passionnent plus que jamais pour ce sport.

Un sport démocratique
L’entrée de l’Impact de Montréal dans les rangs de la MLS n’est pas étrangère à la pratique du soccer qui gagne en popularité chez les jeunes et moins jeunes. Lentement mais sûrement, l’engouement pour ce sport d’intérêt mondial a fini par atteindre le Québec. «Depuis l’arrivée des Jeux du Québec en 1970, le soccer n’a jamais cessé de progresser, explique Michel Dugas, coordonnateur aux communications à la Fédération de soccer du Québec. Il se développe partout en province, tant chez les jeunes québécois de souche que dans les communautés ethniques. De plus, il s’agit d’un sport pratiqué autant par les filles, avec un taux de participation autour de 40%.»

La disparition du baseball majeur a probablement aussi contribué à l’essor du soccer, incitant les jeunes à troquer leurs gants et leurs bâtons contre le ballon rond. Progressivement, plusieurs municipalités ont remplacé les «diamants» de sable par les rectangles de gazon et plusieurs centres sportifs ont même aménagé des terrains de soccer en synthétique afin d’accueillir les joueurs à longueur d’année. Mais à part la baisse de popularité du baseball, existe-t-il d’autres raisons qui expliquent la montée du soccer chez nous? Selon M. Richard Legendre, vice-président exécutif de l’Impact de Montréal, l’aspect démocratique y est pour beaucoup: «Je crois que c’est l’accessibilité du soccer, et ce, dans tous les sens du terme. Il est pratiqué sur l’ensemble du territoire québécois, avec de plus en plus d’installations et d’infrastructures. Le sport n’est pas dispendieux pour les parents, et les jeunes peuvent y jouer à un très bas âge.»

En comparaison avec le hockey, il peut en coûter jusqu’à quatre fois moins cher pour de l’équipement de soccer. « Dans la plupart des villes, les bas, les shorts et le maillot sont inclus dans les coûts d’inscription, explique Yannick Giguère, directeur des achats au Sports Experts centre-ville. Sinon, les prix des chaussures peuvent varier entre 30 et 100$, et les protège-tibias entre 15 et 30$, pour un gros maximum de 130$. Pour l’ensemble de l’équipement de hockey, ça peut jouer entre 300 et 400$.» Quand on pense que la seule chose dont on a réellement besoin pour jouer au soccer est un ballon, un peu de gazon et une surface plate assez grande pour courir, on comprend vite pourquoi c’est le sport le plus populaire au monde.

Deux saisons, deux sports nationaux
Bien que le hockey soit considéré comme «LE» sport des Québécois en raison des passions qu’il soulève, le soccer est cependant celui qui est le plus pratiqué par les jeunes de la belle province à l’heure actuelle avec 200 000 jeunes inscrits, comparé au hockey, qui lui, ne récolte que 100000 inscriptions. Et cela risque de continuer dans ce sens, croit M. Dugas: «L’arrivée d’une nouvelle génération de parents qui ont eux aussi déjà joué va faire en sorte qu’ils s’impliqueront davantage dans le développement de ce sport, autant à titre d’entraîneur qu’à celui de commanditaire.» Les statistiques de la fédération démontrent en effet assez bien la tendance, portant le nombre de joueurs inscrits de 33128 en 1980 à 200000 en 2008.

Le ballon serait donc deux fois plus populaire que le bâton et la rondelle? Oui, mais seulement pour le jouer, car dans le monde du show-business, la Ligue nationale de Hockey use de stratégies marketing redoutables auprès d’un public déjà conquis. Mais le vide laissé par le départ du baseball professionnel à Montréal n’avait pas encore été exploité selon son plein potentiel. Devenu orphelin de son divertissement sportif habituel durant la saison estivale, le Québec représentait un excellent marché pour le soccer. Avec déjà une bonne base d’amateurs, ce sport avait la chance de pouvoir compter sur la passion et le soutien financier de l’homme d’affaires Joey Saputo, également propriétaire de l’Impact. «Le hockey est un sport très difficile à déloger, avoue le vice-président de l’équipe. En termes de sport-spectacle, il est toujours en tête, mais nous pensons que le soccer peut devenir la référence l’été.» M. Saputo a voulu positionner Montréal comme étant une ville de «foot» en faisant construire le tout premier stade voué à ce sport dans la métropole québécoise. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouveau camp de base a fait gagner du terrain au ballon rond…

Le soccer s’est progressivement démarqué comme le candidat idéal pour le poste de sport de divertissement estival. Selon M. Legendre, l’arrivée de l’Impact dans les ligues majeures était la suite logique des choses : « Nous ne serions pas dans la MLS sans les années de succès que nous avons eues dans le passé, confie-t-il. Avec des foules de 12000 personnes par match, nous étions loin devant les autres équipes de deuxième division, qui elles attiraient entre 2000 et 3000 personnes en moyenne. C’est là que nous avons vu que Montréal et le Québec étaient un bon marché. Nous l’avons constaté aussi avec notre match contre le club mexicain Santos Laguna, devant plus de 55000 personnes au Stade olympique, et contre AC Milan, devant 47000 personnes. Ces chiffres étaient de bonnes indications que le marché était prêt pour une ligue de premier niveau.»

Des joueurs professionnels de chez nous
Bref, la tendance est manifestement au soccer. Mais nos jeunes Québécois ont-ils le potentiel pour jouer aux côtés de David Beckham et Dwayne De Rosario? Avec plus de 200000 passionnés, gageons que les postulants ne manqueront pas! Malheureusement, aucun Québécois ne figure actuellement sur la liste des joueurs de l’équipe pour la saison 2012, mais l’Impact dit mettre en place des structures afin de former et recruter des « footballeurs » de chez nous. « C’est une toute nouvelle équipe dans une nouvelle ligue, et notre arrivée dans la MLS nous a aussi permis d’établir notre programme de développement, notre académie, affirme le vice-président de l’équipe. Nous voulons continuer d’avoir des joueurs québécois sur le terrain.» 

Les prétendants devront par contre s’armer de patience et de persévérance, car les résultats de cette académie ne devraient porter fruits que d’ici trois à cinq ans, selon le site web de l’organisation. Au moment d’écrire ces lignes, un seul Canadien avait été recruté pour la première saison de l’équipe dans les majeurs, soit l’Ontarien Greg Sutton. Mais afin de respecter le quota de 3 joueurs canadiens imposé par la MLS, l’Impact doit encore pourvoir deux postes, et le nom de Patrice Bernier a déjà commencé à circuler. Âgé de 32 ans, ce dernier occupe la position de milieu de terrain, et a déjà joué pour Montréal de 2000 à 2002. Après avoir été recruté par l’équipe norvégienne Moss FK, le Brossardois d’origine a ensuite été transféré au FC Kaiserslautern en Allemagne pour finalement joindre les rangs du FC Nordsjælland au Danemark en 2008. Bernier a -récemment signé avec le club de première division danois Lyngby BK, mais son contrat comporterait une clause échappatoire qui lui permettrait d’accepter une éventuelle offre de l’Impact. Des négociations seraient en cours, mais rien n’aurait encore abouti.

Pour sa part, M. Dugas reste positif quant aux possibilités de carrière des jeunes joueurs: «Un jour, un Québécois sortira de l’anonymat, lance-t-il. Lorsque ce jour arrivera, tous les jeunes d’ici auront un modèle auquel s’identifier. C’est à ce moment-là que notre sport prendra la place qui lui revient!»

Bref, les éléments sont en place et la machine est bien en marche! Toutefois, seul le temps nous dira si l’intérêt du peuple et tous les efforts des gens influents auront réussi à élever le soccer au rang ultime de religion sportive pour les Québécois. On s’en reparle dans dix ans!





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