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Style de vie

Le 10 octobre 2012 - 14:08  | Par: Emmanuel Lauzon
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Le TDAH 
chez l'adulte: répandu,mais peu diagnostiqué

Le TDAH 
chez l'adulte: répandu,mais peu diagnostiqué

Le trouble déficitaire de l’attention (TDA) avec hyperactivité (TDAH) a longtemps été associé à ces enfants turbulents qui font la hantise des enseignants. Mais au cours des dernières décennies, bon nombre d’études ont démontré que le problème s’étend bien au-delà de l’âge primaire. Lumière sur un handicap qui affecte probablement un de vos proches.

Un trouble juvénile?
De nos jours, un enfant qui souffre du déficit d’attention risque d’être rapidement diagnostiqué. Que cela mène ou non à la médication, il aura au mois la chance de cheminer en étant conscient de ses limites, et de bénéficier de l’encadrement adéquat dans son développement, ce qui n’était pas le cas il y a une trentaine d’années! Ce trouble ne date pourtant pas d’hier, mais sa description clinique telle que nous la connaissons aujourd’hui est relativement récente.

Au début du 20e siècle, la médecine a d’abord cru que les symptômes du TDAH étaient attribuables à des lésions cérébrales causées par la méningite. Sauf qu’à force de chercher lesdites lésions, les médecins se sont vite rendu compte qu’elles n’existaient tout simplement pas. C’est dans les années 70 qu’un concept un peu plus moderne est apparu: «À cette époque-là, on pensait que c’était un problème de maturation du cerveau, raconte le Docteur Valérie Tourjman, psychiatre au Programme des troubles anxieux et de l’humeur de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine. Les spécialistes croyaient qu’une fois adulte, le problème disparaîtrait comme par magie». Or, avec le temps, les psychiatres qui suivaient des cohortes d’enfants ont dû se rendre à l’évidence qu’une fois adultes, la plupart des patients gardaient en partie ou en totalité les symptômes observés dès leur jeune âge. Les spécialistes ont donc été forcés de reconnaître que le syndrome n’était pas uniquement infantile et qu’il perdurait tout au long de la vie d’un individu.

Si on estime aujourd’hui que 4% de la population est atteinte du TDAH, l’entourage et le quotidien d’un adulte le rendent bien plus difficile à diagnostiquer qu’un enfant. Ainsi, 90% des gens qui souffrent d’un déficit de l’attention ne sont même pas au courant.

Un problème qui en cache un autre
Si, de prime abord, le TDAH peut ne pas paraître trop contrariant au quotidien, il faut savoir qu’au-delà de la difficulté à se concentrer, il comporte plusieurs symptômes qui peuvent sérieusement compliquer l’existence de celui ou celle qui en souffre. Hypersensibilité, désorganisation, procrastination, impulsivité, agitation, mémoire courte, dépendances, débit de parole excessif, angoisse, irritabilité et difficulté à accepter l’autorité ne sont là que quelques traits qui se manifestent chez l’adulte.

Si les études ont démontré que l’hyperactivité et l’agitation s’atténuent généralement en vieillissant, en revanche, elles indiquent aussi que plusieurs autres problèmes risquent de survenir à cause, entre autres, des années de déboires scolaires et de relations conflictuelles dans l’enfance. «Chez les adultes, le topo est un peu plus compliqué que chez les enfants, explique le Docteur Tourjman. À force de vivre dans l’échec, la désorganisation et les problèmes relationnels, plusieurs personnes développent des troubles associés comme de l’anxiété et de l’abus de substances.» C’est en effet plus de 65% des personnes atteintes du TDAH qui répondent aux critères d’une comorbidité. Les troubles anxieux, le trouble d’opposition avec confrontation et le trouble de conduite avec agressivité arrivent en tête de liste avec une moyenne variant entre 25% et 65% sur l’ensemble des personnes aux prises avec un déficit d’attention. Dans une plus petite proportion (5% à 25%), on peut aussi retrouver le trouble bipolaire, un trouble obsessionnel-compulsif, le syndrome de Gilles de la Tourette, la dépression ou encore des problèmes de dépendance.

Ce joli cocktail de possibilités rend le diagnostic compliqué à poser en raison des symptômes qui peuvent se chevaucher, d’autant plus que, faut-il le rappeler, la très forte majorité des cas n’est même pas consciente de son trouble. Du coup, terminer des études collégiales et universitaires (mêmes secondaires), garder un emploi stable ainsi qu’entretenir des relations interpersonnelles saines et harmonieuses demandent davantage d’efforts et relèvent souvent de l’exploit.

Du cas par cas
Bien qu’ils aient plus de chances d’être confrontés à des difficultés dans plusieurs sphères de leur vie, les personnes atteintes du TDAH ne sont pas forcément vouées à un chemin parsemé d’embûches et de défis quotidiens à relever. Chaque être ayant ses forces et ses faiblesses, le portrait peut varier énormément d’un cas à l’autre en fonction du contexte dans lequel il évolue.

Le marché du travail peut donc être extrêmement difficile pour quelqu’un qui, inconscient de ses limites, se retrouve dans un domaine plus ou moins compatible avec les symptômes de son trouble. C’est ce qui est arrivé à Étienne lorsqu’il s’est fait attribuer de nouvelles tâches bien différentes après avoir travaillé pendant cinq ans comme coordonnateur pour une compagnie en gestion événementielle. «Sur le terrain, il y avait une structure simple qui se répétait à chaque événement et que je connaissais très bien, je jouissais d’une grande liberté d’action, le travail était dynamique et le contact avec le public me stimulait beaucoup, raconte-t-il. Lorsque je me suis retrouvé dans les bureaux, j’étais incapable d’organiser mes dossiers, je m’ennuyais à mourir, j’oubliais mes rendez-vous et l’autorité de mon supérieur m’agressait à un point tel qu’un jour j’ai pété les plombs et je l’ai carrément envoyé promener. J’ai démissionné avant de me faire mettre à la porte.»

L’exemple d’Étienne ne fait pas figure d’exception, mais puisque les aptitudes en gestion des émotions et la capacité d’adaptation varient d’une personne à l’autre, les histoires ne se terminent heureusement pas toutes de façon aussi radicale. D’autres individus auront eu la chance de suivre un parcours qui les aura menés à un emploi en parfaite concordance avec leurs forces et leurs faiblesses. Mais il reste clair que de façon générale, l’adulte devra redoubler d’effort, de concentration et de maîtrise de soi pour arriver aux mêmes résultats que les autres. En comparaison à l’enfant qui n’a pas encore développé de comorbidité, beaucoup d’adultes souffrants du TDAH, même médicamentés, doivent souvent gérer les symptômes d’un ou plusieurs autres troubles.

L’envers de la médaille
Les impacts négatifs dans la vie d’une personne aux prises avec un déficit d’attention peuvent donc être très nombreux. Mais le portrait n’est pas toujours aussi sombre qu’il en a l’air. Parmi la liste de symptômes, il n’est pas rare de voir de véritables dons accompagner le TDAH. 

Dans certains contextes socioprofessionnels, un individu diagnostiqué et outillé pour gérer sa concentration et ses humeurs pourra même avoir une longueur d’avance sur les autres. Si on compte plus ou moins une vingtaine d’effets contraignants, on dénombre aussi une quantité similaire d’avantages et de qualités potentielles reliés à ce trouble. Dans la plupart des cas, leur personnalité se caractérise par une grande ouverture d’esprit, une forte intuition, une audace hors du commun et une capacité à rebondir en dépit de l’adversité (résilience). Cependant, le symptôme positif le plus répandu est sans aucun doute la créativité. Le flot incessant de pensées qui cherchent à émerger du cerveau des déficitaires de l’attention peut constituer une richesse inépuisable pour celui ou celle qui sait le maîtriser. Un peu comme une fission nucléaire, les idées fusent de manière chaotique dans toutes les directions, engendrant elles-mêmes de nouvelles idées tout aussi désordonnées que les premières. Une réaction en chaîne de pensées créatives! Maintenant, le problème est de réussir à les canaliser.

Dans un processus de gestion du TDAH, un diagnostic est d’abord essentiel. Une fois conscient du problème, certaines solutions comme la médication et le coaching privé ou de groupe sont possibles. Souvent, l’aide d’un coach dans l’organisation des tâches et la gestion des émotions peut s’avérer efficace. Mais chez certains individus, le degré du trouble ainsi que les obligations professionnelles et familiales nécessiteront la prise de médicaments pour que l’amélioration soit notable. Mais encore une fois, ce sera cas par cas.

La médication, un débat encore tabou
Si la plupart des parents d’enfants souffrants du TDAH en arrivent à la médication, cela se fait rarement sans passer par une période de doute et parfois même de honte. «C’est le réflexe du début, confie une mère qui souhaite garder l’anonymat. Comme ce n’est pas un handicap physique, c’est dur d’accepter que notre enfant ait besoin d’une prothèse mentale.»

La psychiatre Annick Vincent, spé-cialisée dans les troubles de l’humeur et du déficit de l’attention, a récemment écrit un livre pour guider parents et enfants (il existe également une version pour la réalité d’adulte) dans la recherche de solutions pour gérer ce problème. «Mon cerveau a besoin de lunettes», comme le laisse sous-entendre le titre, se veut une dédramatisation du déficit d’attention. Tout comme une personne myope qui porte des lunettes, la médication reste un choix personnel, mais elle ne doit pas être perçue comme honteuse. La cause du TDAH est d’origine neurologique et consiste en une mauvaise connexion entre les neurones, ce qui crée un dérèglement des fonctions exécutives du cerveau qui gèrent le contrôle. Grâce aux études concluantes réalisées sur une période de plus de vingt ans, la médecine s’est beaucoup ouverte à la prescription de stimulants (Ritalin, Concerta, etc.). «C’est très clair que c’est une médication efficace, affirme le Docteur Tourjman. C’est d’ailleurs parmi les plus efficaces qui existent. Il y a environ 70% à 80% de réponse à la première molécule, et 80% à 90% sur la deuxième. C’est très impressionnant!»

Le trouble déficitaire de l’attention est aujourd’hui très bien documenté et les spécialistes ont trouvé plusieurs avenues pour faciliter la vie des individus qui en souffrent. La façon de s’aider reste un choix personnel, mais vu la quantité de personnes atteintes et de ses impacts sur le quotidien, l’adulte qui a des doutes gagnera à se renseigner sur le sujet, car au-delà de la honte, il y a probablement une réalité plus agréable et moins conflictuelle dans laquelle d’énormes potentiels peuvent être mieux exploités.

 

Pour en savoir davantage sur le trouble déficitaire de l’attention chez l’adulte, vous pouvez visiter le site
www.tdah-adulte.org





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